IDEES
Tribune de Thibaud Eychenne :"Les lycéens sont-ils manipulés?"
Face Ă la mobilisation lycĂ©enne, certains dĂ©noncent des manipulations. Le conseiller parlementaire Ă l'Ăducation du groupe parlementaire Ă©cologiste et social rĂ©pond par les chiffres. Des bĂątiments sont vĂ©tustes, les salaires stagnent et les inĂ©galitĂ©s scolaires augmentent.Â
Ils ne cessent de rĂ©pĂ©ter que la jeunesse est l'avenir et qu'ils Ćuvrent Ă lui bĂątir un monde meilleur.
Et pourtant⊠quand elle se lÚve et prend la parole, ils la font taire ou réduisent son message à ses débordements. Quand ce n'est pas La France insoumise qui lui souffle à l'oreille, ce sont de nébuleux « autonomes » qui la poussent à se révolter.
Tout plutĂŽt que d'entendre le cri du cĆur des lycĂ©ennes et lycĂ©ens, qui rĂ©pĂšte ce que chacun sait dĂ©jĂ : notre systĂšme Ă©ducatif est Ă l'agonie.
Le niveau scolaire est en chute libre, et les classes sont si surchargĂ©es que les enseignants ne peuvent plus consacrer de temps individuel aux Ă©lĂšves en difficultĂ©. 86 % des bĂątiments scolaires sont vĂ©tustes et mal adaptĂ©s aux canicules comme aux grands froids ; 10 % sont mĂȘme en Ă©tat de « vĂ©tustĂ© grave ».
Le salaire des enseignants en début de carriÚre est passé de 2,3 fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) en 1980 à 1,2 en 2021. Payés 15 % de moins que la moyenne de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les profs ont déserté la profession : il y a deux ans, on recrutait en urgence des contractuels par « speed dating », envoyés devant des classes aprÚs quelques heures de formation.
L'ascenseur social n'a pas Ă©tĂ© aussi grippĂ© depuis des dĂ©cennies. L'Ă©cole française est dĂ©sormais celle de l'OCDE qui reproduit le plus les inĂ©galitĂ©s de dĂ©part, condamnant les enfants de familles populaires Ă le rester toute leur vie. Penser que les lycĂ©ens n'en ont pas conscience, c'est se mettre le doigt dans l'Ćil.
Tout le monde le dit. Les économistes de l'OCDE sont les premiers à dire qu'investir dans l'éducation génÚre des retombées économiques et sociales considérables : chaque année de scolarité supplémentaire augmente la croissance du PIB par habitant de 1 à 3 %.
Alors pourquoi, quand ce sont les jeunes qui le disent, a-t-on droit aux élucubrations d'un ministre de l'Intérieur qui fantasme une main invisible tirant les ficelles, plutÎt qu'à un plan ambitieux pour redonner à l'école ses lettres de noblesse ? Parce qu'ils sont jeunes et qu'on ne leur reconnaßt pas la légitimité de s'exprimer.
Aux lycéennes et lycéens qui luttent pour leur avenir et nous rendent fiers, nous souhaitons une belle et heureuse mobilisation. Aux aigris, pour qui quelques feux de poubelle suffisent à couvrir le cri de détresse des jeunes, nous ne souhaitons qu'une chose : ne jamais connaßtre la rage de celles et ceux à qui l'on répÚte à l'envi qu'ils ont la vie devant eux mais qui ne voient que des portes fermées.