US Trade policy - road sign traffic with the slogan TariffsPar gguyInternational Depuis quâil a entamĂ© son second mandat, le prĂ©sident amĂ©ricain sâaffranchit encore davantage des rĂšgles, des alliances et des institutions. EntourĂ© de ses fidĂšles, il transforme la dĂ©mocratie amĂ©ricaine en théùtre personnel.Par Oscar Tessonneau ·19 Janvier 2025Dans les puissantes mafias transalpines, le baiser de la mort est un acte pratiquĂ© par un parrain sur les membres de l'organisation adverse. Il acte l'exĂ©cution dâun ennemi. Depuis 2024, Trump les multiplie contre son ennemi jurĂ© : les rĂ©gimes dĂ©mocratiques oĂč chaque pouvoir reste sĂ©parĂ©. Le 7 janvier 2026, il accueille quatre journalistes du quotidien amĂ©ricain de rĂ©fĂ©rence: The New York Times. Câest la premiĂšre fois, depuis son retour Ă la Maison-Blanche, quâil sâexprime aussi ouvertement sur les limites de son action Ă la tĂȘte de la premiĂšre puissance mondiale. Mardi 20 Janvier, le journaliste au Monde Piotr Smolar rapportait ses mots : « Ouais, il y a une chose : ma propre moralitĂ©, mon propre esprit. Câest la seule chose qui peut mâarrĂȘter. Et câest trĂšs bien. Je nâai pas besoin du droit international. Je ne cherche pas Ă faire du mal aux gens. » Donald Trump affirme mĂȘme quâil souhaite leur rendre de nombreuses libertĂ©s, dans un pays qui aurait toujours embrassĂ© cette valeur.Dans son essai intitulĂ© Patrons, la tentation Trump, le journaliste Ă La Tribune Denis Lafay note que « Donald Trump est lâautoproclamĂ© hĂ©raut de la vĂ©ritĂ© et des libertĂ©s. En rĂ©alitĂ©, il dĂ©forme, travestit, conditionne, Ă©touffe ou cloĂźtre au grĂ© de ses pulsions et de ses intĂ©rĂȘts. » Cette mutation autoritaire nâest pas un glissement progressif. DĂšs 2016, il posait dĂ©jĂ les fondations de sa mĂ©thode : « Je pourrais me tenir au milieu de la Ve Avenue et tirer sur quelquâun, et je ne perdrais aucun Ă©lecteur », dĂ©clarait-il, fascinĂ© par sa propre impunitĂ©. Le reste nâa Ă©tĂ© quâun dĂ©ploiement dâĂ©vĂ©nements renforçant son ego.Piotr Smolar note que « dĂšs 2019, lors de son premier mandat, le prĂ©sident affirmait quâen vertu de lâarticle 2 de la Constitution, il avait âle droit de faire tout ce quâil voulaitâ ». Ăvidemment fausse, dans une dĂ©mocratie comme les Ătats-Unis oĂč chaque pouvoir reste sĂ©parĂ©, cette affirmation montre en quoi Donald Trump agit seul . Il a triomphĂ© des doutes de son propre camp, de plusieurs inculpations dans quatre affaires, dâune condamnation au civil pour agression sexuelle, puis au pĂ©nal Ă New York pour falsification de documents comptables. Ses victoires contre une justice indĂ©pendante se sont confirmĂ©es face Ă tous ses adversaires politiques.Trump a battu deux candidats dĂ©mocrates en un seul cycle Ă©lectoral : Joe Biden, contraint de se retirer aprĂšs un naufrage lors de leur dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ©, puis Kamala Harris. Enfin, il a aussi survĂ©cu Ă deux tentatives dâassassinat pendant la campagne. Ă Butler, en Pennsylvanie, en juillet 2024, « la balle du tireur lui a frĂŽlĂ© lâoreille ». Piotr Smolar sâinterroge : comment ne pas se sentir invincible, « jouissant dâune onction divine » ?Mise en scĂšneAinsi, Trump voudrait concentrer tous les pouvoirs autour de lui. Denis Lafay le prĂ©sente comme un « fabricant dâune bulle hermĂ©tique aux rĂ©alitĂ©s du monde et de sa population, depuis laquelle, ceint dâune myriade hĂ©tĂ©roclite dâinfluenceurs et dâidĂ©ologues, il interprĂšte une partition contre-utopique ». Il signe, ordonne, rĂ©voque.Piotr Smolar rapporte que Trump « Ă©carte ainsi toute idĂ©e de contre-pouvoirs, de normes, de conventions ou dâengagements multilatĂ©raux, se prĂ©sentant comme âun homme, le plus puissant du monde, seul avec sa conscienceâ ». Trump nâobĂ©irait donc quâĂ lui-mĂȘme. Denis Lafay prĂ©cise quâil « est le populiste mettant en scĂšne la signature de dĂ©crets (139 lors des cent premiers jours) au mĂ©pris dâune inconstitutionnalitĂ© et de recours judiciaires qui les promettent aux cendres ». Il gouverne par saturation, Ă©tourdit les pouvoirs lĂ©gislatifs, mĂ©diatiques et judiciaires par la rĂ©pĂ©tition des chocs en appliquant des mĂ©thodes similaires Ă celles de son ancien conseiller Steve Bannon.Ce dernier avait dâailleurs dit cyniquement que « les mĂ©dias sont la vĂ©ritable opposition. La seule maniĂšre de les gĂ©rer, câest dâinonder la zone avec de la merde ». Pourtant, Denis Lafay note que ces choix sur des questions amĂ©ricaines ou des dossiers internationaux complexes, comme la Cisjordanie oĂč il souhaite crĂ©er une nouvelle riviera, ne sont pas sans consĂ©quences : « La politique domestique et internationale de Donald Trump exhibe de terribles revers ou dâincroyables incertitudes pour lâĂ©conomie amĂ©ricaine et mondiale, tributaires du caractĂšre impĂ©tueux, imprĂ©visible, incohĂ©rent de son maĂźtre dâĆuvre et dâouvrage. »En avril, son plan tarifaire fait fondre 6 000 milliards de dollars de capitalisation boursiĂšre en deux jours. Mais cela ne le freine pas.Une caricature rassuranteDans un portrait consacrĂ© au prĂ©sident amĂ©ricain, Piotr Smolar indique que « lâimpunitĂ© est une eau-de-vie puissante », mĂȘlant « une revanche politique inespĂ©rĂ©e et un dĂ©sir de vengeance ». Rien nâarrĂȘte un homme convaincu qu'il n'a aucune limite. Ă Mar-a-Lago, exilĂ© temporaire, pestifĂ©rĂ©, Trump sâest cru abandonnĂ©. Il est revenu deux fois plus fort, assis sur la conviction dâĂȘtre au-dessus de la loi. Ce nâest pas une dĂ©rive, câest un systĂšme.Ainsi, une question se pose : pourquoi tant de dĂ©cideurs, de patrons, dâanalystes, souvent critiques des mĂ©thodes trumpiennes, se laissent-ils sĂ©duire par cette brutalitĂ© ? Denis Lafay est catĂ©gorique. Il note que « Trump captive des dĂ©cideurs car il⊠dĂ©cide. Il est un faiseur. Or, le verbe faire occupe une place centrale dans le lexique entrepreneurial. »Dans une Ă©poque saturĂ©e de procĂ©dures, dâĂ©tudes dâimpact, de lenteur bureaucratique, Trump apparaĂźt comme celui qui coupe, tranche, ose. Peu importe que ses dĂ©cisions soient absurdes ou toxiques. « IrrĂ©flĂ©chie, irrationnelle, inconsidĂ©rĂ©e : sont les qualificatifs les plus adaptĂ©s Ă lâaction selon Trump », prĂ©cise Denis Lafay. Mais pour une frange de lâĂ©lite Ă©conomique, câest lĂ prĂ©cisĂ©ment la preuve de sa force.Son style leur plaĂźt. « Il promeut la libertĂ© dâentreprendre, la dĂ©rĂ©gulation, il promet la richesse. Et il parle simple, dans un langage simpliste, qui sâinscrit exclusivement dans le rĂ©el, le pragmatisme et le court terme », rappelle Lafay. Câest une caricature de leader, mais une caricature rassurante pour ceux qui prĂ©fĂšrent la lisibilitĂ© au compromis. Il ne prend pas le temps de comprendre. Il agit.Denis Lafay souligne son « tropisme de la transaction » qui sĂ©duit : pas de morale, pas de complexitĂ©, juste des deals et des rapports de force. Câest un prĂ©sident vendeur, agressif et totalement libre de toute dĂ©ontologie. Et cela plaĂźt. MĂȘme aux prudents. MĂȘme aux modĂ©rĂ©s.Piotr Smolar rappelle que « Trump pense avoir eu raison contre quasiment tout le monde. Convaincu de sa mission, soutenu par une frange fascinĂ©e de lâĂ©lite, Trump transforme chaque attaque subie en capital politique. Il nâincarne pas la dĂ©mocratie abĂźmĂ©e par ses choix. »