IdĂ©es/Parti-PrisLe 8 fĂ©vrier, la Haute AutoritĂ© de santĂ© a publiĂ© ses nouvelles recommandations pour la scolarisation des enfants porteurs dâun trouble du neurodĂ©veloppement. Elles mettent lâaccent sur lâinclusion scolaire dans des dispositifs Ă©ducatifs adaptĂ©s comme les UEMA ou les DAR. Lâapplication, elle, reste complexe et inĂ©gale.Oscar Tessonneau.10 FĂ©vrier 2026 Pour des raisons que jâignore, ma scolaritĂ© sâest poursuivie jusquâau Bac+4. En me maintenant dans des Ă©tablissements scolaires ordinaires, avec des aides techniques assez lourdes et bien dĂ©finies Ă chaque rentrĂ©e, le corps enseignant qui mâa encadrĂ© effectuait probablement des choix cruciaux. Ils ont fortement favorisĂ© mon insertion professionnelle. Autrice dâun essai intitulĂ© Autisme : rĂ©alitĂ©s et dĂ©fis, la responsable de lâĂ©quipe « Psychiatrie neurofonctionnelle » du CHU de Tours, FrĂ©dĂ©rique Bonnet-Brilhault, prĂ©cise quâelles sont dĂ©finies avec lâaide des Maisons dĂ©partementales des personnes handicapĂ©es (MDPH). Ces derniĂšres Ă©laborent avec les familles un Projet personnalisĂ© de scolarisation (PPS).Dans ses recommandations, La HAS recommande la mise en place des adaptations nĂ©cessaires que jâai encore sur mon poste de travail, oĂč diffĂ©rentes activitĂ©s sont plus ludiques et plus adaptĂ©es. Dans ses recommandations, elle note que cette inclusion ne concerne pas seulement lâĂ©cole. Elle porte Ă©galement sur « lâaccĂšs aux activitĂ©s sportives et culturelles » dans des Ă©tablissements oĂč jâai moi-mĂȘme Ă©tĂ© scolarisĂ©. Cette intĂ©gration commence Ă la maternelle avec lâarrivĂ©e de lâenfant dans des classes ordinaires ou des dispositifs plus adaptĂ©s comme les DAR ou les UEMA.La suite du parcours sâannonce souvent plus incertaine. Lorsque les troubles cognitifs de lâenfant sont associĂ©s Ă une dĂ©ficience intellectuelle, les ULIS (Ă lâĂ©cole, au collĂšge, au lycĂ©e) deviennent une option. Si les besoins dĂ©passent ce cadre, la MDPH peut dĂ©cider dâune orientation vers un IME, qui manque souvent de places. LâintĂ©gration dans le « milieu ordinaire » reste alors conditionnĂ©e Ă la situation de lâenfant, pouvant trĂšs vite ĂȘtre en souffrance. Les tĂąches les plus simples, consistant Ă lire une consigne ou Ă comprendre une rĂšgle de calcul, peuvent parfois lui demander des heures de travail.Jâai encore en mĂ©moire ces nombreuses soirĂ©es oĂč je tentais de comprendre pourquoi un complĂ©ment dâobjet direct sâaccordait avec un nom masculin ou fĂ©minin. Cela a Ă©videmment affectĂ© mon niveau en dictĂ©e. Il est restĂ© assez faible jusquâĂ ce que je dĂ©veloppe un certain goĂ»t pour la lecture Ă partir du lycĂ©e. Cette difficultĂ© Ă ajouter un e aprĂšs un adjectif, ou Ă ne pas trop me concentrer sur mes intĂ©rĂȘts spĂ©cifiques sans oublier certaines formules de calcul basiques, a pu ralentir ma scolaritĂ©.Vers une lente adaptation des enfants autistesMais ne nous mĂ©prenons pas. Il y a autant de formes dâautisme que dâenfants. Pour toutes ces raisons, la HAS souligne quâil est « recommandĂ© de former de façon continue la communautĂ© Ă©ducative », de renforcer le lien avec les professionnels paramĂ©dicaux et dâimpliquer les familles dans les transitions scolaires. Dans les faits, la continuitĂ© est souvent rompue. Le passage dâun enseignant Ă un autre, dâune classe Ă une autre ou dâun Ă©tablissement Ă un autre devient une Ă©preuve.Ce nâest pas faute dâavoir dĂ©fini un cadre juridique. La loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de lâĂ©cole rappelle que « tous les enfants partagent la capacitĂ© dâapprendre et de progresser », et que lâĂ©cole doit « sâadapter aux enfants accueillis, et non lâinverse ». Lâexternalisation progressive des unitĂ©s dâenseignement des IME vers les Ă©coles ordinaires tĂ©moigne dâune volontĂ© dâintĂ©grer partiellement ces enfants dans le systĂšme Ă©ducatif classique, en sachant quâils pourront rarement suivre le mĂȘme rythme dâapprentissage.Câest lĂ que le bĂąt blesse. Sur le papier, la HAS recommande « dâadapter la scolarisation au rythme personnel de chaque enfant ou adolescent autiste, en respectant son dĂ©veloppement et ses apprentissages ». Cette exigence implique des moyens humains et une flexibilitĂ© pĂ©dagogique que toutes les Ă©coles ne possĂšdent pas. Cette aide, lorsquâelle est notifiĂ©e par la MDPH, repose souvent sur un AESH. Or, le taux dâabsentĂ©isme, le manque de formation ou lâinadĂ©quation entre le profil de lâAESH et les besoins spĂ©cifiques de lâenfant viennent compromettre le bon dĂ©roulement du parcours scolaire. « La clĂ© de voĂ»te de lâaccueil en milieu scolaire sera la bienveillance : bienveillance pour Ă©tablir la relation de confiance, et bienveillance pour poser un cadre stable et adaptĂ© », prĂ©cise Bonnet-Brilhault.La HAS insiste sur ce point dans ses recommandations 2026. Elle propose de « dĂ©velopper des collaborations rĂ©guliĂšres entre les familles, les professionnels scolaires et les autres professionnels (mĂ©dical, mĂ©dico-social, libĂ©raux) ». Or cette continuitĂ© scolaire est rĂ©guliĂšrement rompue.Des salles de classe aux salles de concertLes changements dâenseignants, le manque de coordination entre structures ou encore le cloisonnement des diffĂ©rents rĂ©seaux dâaccompagnement freinent souvent la progression. Dans les situations les plus complexes, une scolarisation en ULIS ou en UE peut ĂȘtre envisagĂ©e. Ces dispositifs rĂ©pondent aux besoins les plus spĂ©cifiques, notamment en cas de troubles cognitifs associĂ©s ou de comportements nĂ©cessitant un encadrement constant.La HAS recommande aussi dâ« anticiper lâensemble des transitions scolaires », y compris celles qui impliquent un retour vers un milieu moins spĂ©cialisĂ©. Ce changement suppose une prĂ©paration fine, une sĂ©curisation du parcours et un accompagnement constant. Elle propose Ă©galement de prendre en compte les aspects extra-scolaires : « la participation de lâenfant ou adolescent autiste aux loisirs, Ă des vacances ou Ă la culture est favorisĂ©e par son entourage Ă©largi ». Lâobjectif dâune sociĂ©tĂ© inclusive dĂ©passe ainsi les seuls bancs de lâĂ©cole.DĂ©finir une activitĂ© adaptĂ©e pour lâenfant prend parfois des annĂ©es. Fils dâun batteur de rock ayant encore son statut dâintermittent du spectacle, je me suis tournĂ© vers la guitare Ă©lectrique. Ma dĂ©couverte des arpĂšges de Sufjan Stevens et des riffs prĂ©sents sur plusieurs albums des Strokes fut profondĂ©ment salvatrice. La dĂ©couverte du jeu au plectre puis aux doigts a Ă©tĂ© dĂ©cisive. Mon niveau en motricitĂ© fine sâest amĂ©liorĂ© lorsque jâai dĂ©couvert cet instrument. Il mâa aussi permis de jouer en groupe et dâavoir mes premiers amis.Cet instrument mâa Ă©galement conduit vers mon mĂ©tier. Mon intĂ©rĂȘt pour les musiques amplifiĂ©es mâa amenĂ© Ă acheter Les Inrocks, le magazine musical qui mâa donnĂ© le goĂ»t de la lecture. Cet exemple rappelle lâun des fondamentaux Ă©noncĂ©s par la HAS. Dans son rapport, elle prĂ©conise de « renforcer et complĂ©ter les programmes de formation des professionnels par des enseignements sur le dĂ©veloppement de lâenfant, sur les fonctionnements spĂ©cifiques des enfants et adolescents autistes et sur les stratĂ©gies dâapprentissage ».Ainsi, le renforcement de mes apprentissages autour des lettres et de la musique mâa permis dâobtenir le bac en 2016 et dâatteindre le niveau suffisant pour poursuivre des Ă©tudes supĂ©rieures.Â