Les universités françaises envisagent une hausse de leurs frais d'inscription

FRANCE

Les universités françaises envisagent une hausse de leurs frais d'inscription

Les Assises du financement des universitĂ©s proposent de multiplier les frais d’inscription pour les Ă©tudiants français, un dĂ©bat relancĂ© par le ministre Philippe Baptiste.

Oscar Tessonneau·

Le vent tourne pour l’enseignement supĂ©rieur français. Alors que les universitĂ©s Ă©touffent sous le poids des restrictions budgĂ©taires, les Assises du financement, organisĂ©es le 24 juin 2026, ont lancĂ© une bombe : « Il faut que les universitĂ©s s’approprient toute une palette de recettes supplĂ©mentaires », ont estimĂ© JĂ©rĂŽme Fournel et Gilles Roussel, coprĂ©sidents des Assises. Ils ont remis un rapport publiĂ© dans Des idĂ©es-chocs pour financer les universitĂ©s.

Parmi les pistes les plus audacieuses, ils proposent une hausse vertigineuse des frais d’inscription. Ces derniers passeraient de 178 Ă  900 euros pour une licence, et de 254 Ă  1 300 euros pour un master, soit une augmentation de plus de 400 %. Ils estiment que cette mesure permettrait de dĂ©gager 1,5 milliard d’euros supplĂ©mentaires, portant la part des droits d’inscription Ă  10 % des recettes des Ă©tablissements. Dans les universitĂ©s françaises, ils reprĂ©sentent actuellement 2,7 %.

Cette proposition s’inscrit dans un contexte historique bien plus large, oĂč les universitĂ©s françaises cherchent Ă  devenir des pĂŽles d’excellence formant plusieurs dizaines de milliers d’actifs. Auteurs d’une Histoire de l’enseignement en France, XIXe-XXIe siĂšcle, Jean-François Condette et Yves Verneuil indiquent que la massification des effectifs a renforcĂ© l’implantation locale des Ă©tablissements, tout en les soumettant Ă  une pression croissante pour former des pĂŽles d’excellence. « La grande course des universitĂ©s les unes contre les autres s’intensifie », Ă©crivent-ils.

Plusieurs appels Ă  projets comme le Grand emprunt national ou les Investissements d’avenir ont instaurĂ© une logique de compĂ©tition et de rentabilitĂ©, inspirĂ©e du new public management. Une grande partie des crĂ©dits reste attribuĂ©e en fonction des performances. Elles sont mesurĂ©es Ă  travers des procĂ©dures d’évaluation complexes.

La hausse des frais d’inscription, aussi spectaculaire soit-elle, n’est qu’une partie de l’équation. « On voit bien qu’on a besoin de plus d’argent dans les universitĂ©s. Il faut donc augmenter les efforts publics, tout en rĂ©flĂ©chissant Ă  des mĂ©canismes contributifs de la part des Ă©tudiants qui peuvent se le permettre », a dĂ©clarĂ© Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supĂ©rieur. Il appelle Ă  un dĂ©bat national lors de la prochaine campagne prĂ©sidentielle. Sa position, nuancĂ©e, reflĂšte la tension entre deux modĂšles : celui d’un service public soucieux d’équitĂ©, et celui d’une universitĂ© autonome, capable de se financer par elle-mĂȘme. « La hausse des droits d’inscription n’est pas une martingale, mais une partie d’un modĂšle global de financement », insiste JĂ©rĂŽme Fournel. Les montants proposĂ©s restent « modiques » au regard des frais payĂ©s par les Ă©tudiants extracommunautaires. Pourtant, les contradictions ne manquent pas.


Vers une privatisation de l’enseignement supĂ©rieur

Yves Verneuil indique que les universitĂ©s sont Ă  la fois poussĂ©es Ă  collaborer au niveau rĂ©gional, via des structures fĂ©dĂ©ratives comme les PRES ou les COMUE. Ces derniĂšres sont mises en concurrence pour des projets d’excellence. « Deux logiques s’affrontent : celle du service public, soucieuse de la rĂ©ussite des programmes nationaux, et celle de l’autonomie, qui conduit les Ă©tablissements Ă  construire des projets spĂ©cifiques », analysent les auteurs.

Entre 2018 et 2025, la situation financiĂšre des universitĂ©s s’est dĂ©gradĂ©e de maniĂšre alarmante. Leur rĂ©sultat financier a chutĂ© de 145 %, et leur capacitĂ© d’autofinancement de 37 %. « Si le modĂšle de financement actuel n’évolue pas, la dĂ©gradation ne fera que s’aggraver », avertit le rapport des Assises.

L’État se dĂ©sengage progressivement pour laisser aux Ă©tablissements le soin de trouver d’autres solutions. « Les structures privĂ©es, qui regroupent dĂ©jĂ  99,6 % des Ă©coles de commerce et 77,8 % des Ă©coles artistiques, voient leurs effectifs augmenter de 67,1 % contre 9 % dans le public ». Cette dynamique pose une question : et si la hausse des frais d’inscription n’était qu’un premier pas vers une privatisation rampante de l’enseignement supĂ©rieur ?

La subvention pour charge de service public, qui reprĂ©sente 76 % des ressources des universitĂ©s, reste leur principale source de financement. Elle ne peut plus suffire Ă  elle seule. « Elle doit suivre au minimum l’inflation », estime JĂ©rĂŽme Fournel dans le rapport des Assises, publiĂ© et analysĂ© par la journaliste du Monde Soazig Le NevĂ©.

Pourtant, certaines universitĂ©s souffrent de choix stratĂ©giques trĂšs discutables, comme une offre de formation trop dispersĂ©e ou des campus coĂ»teux. « Si elle crie famine, c’est que sa stratĂ©gie l’a mise en difficultĂ© financiĂšrement », note-t-il, rappelant que la valorisation de l’immobilier ou les partenariats avec les entreprises ne reprĂ©sentent mĂȘme pas 1 % des recettes.

Les Assises proposent ainsi que les Ă©tablissements puissent fixer eux-mĂȘmes leurs capacitĂ©s d’accueil en fonction de leur stratĂ©gie. Ces changements seraient une rĂ©volution dans un systĂšme oĂč l’État a toujours ajustĂ© l’offre de formation Ă  la demande des Ă©tudiants. « Aujourd’hui, l’État a le pouvoir de forcer la main des prĂ©sidents d’universitĂ© pour accueillir tout le monde », explique Gilles Roussel. Cette tension entre centralisation et autonomie n’est pas nouvelle.


27 % d’établissements Ă  but lucratif

La loi Savary de 1984 avait dĂ©jĂ  tentĂ© de renforcer le pouvoir des prĂ©sidents d’universitĂ©. Elle leur donnait un statut d’établissement public Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel (EPCSCP). Ces logiques trĂšs libĂ©rales, inspirĂ©es du new public management, ont progressivement imposĂ© une culture de la compĂ©tition, avec des appels Ă  projets comme ceux du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Ils exacerbent les rivalitĂ©s entre Ă©tablissements. « La grande course des universitĂ©s les unes contre les autres s’intensifie », indique Condette et ses co-auteurs.

Les classements internationaux, comme celui de Shanghai, ont renforcé cette obsession évaluative. Pourtant, la multiplication des structures privées, qui regroupent désormais 27 % des étudiants en France, montre que le modÚle éducatif traditionnel, basé sur des cours donnés dans les universités, est déjà en train de se fissurer.

Les mobilisations étudiantes, comme celles contre la loi LRU en 2007, révÚlent une résistance tenace à ces transformations. « Les universitaires occupaient une place de choix dans le monde intellectuel, mais les oppositions politiques ne sont jamais bien loin », analyse Luc.

Pourtant, les enjeux Ă©conomiques, comme la dĂ©gradation des finances des universitĂ©s, semblent dĂ©sormais primer sur les dĂ©bats idĂ©ologiques. « La situation financiĂšre des universitĂ©s s’est dĂ©gradĂ©e de maniĂšre alarmante entre 2018 et 2025 », rappelle le rapport des Assises. Il alerte sur la nĂ©cessitĂ© de considĂ©rablement diversifier les sources de revenus.

En recherche d’autonomie, les universitĂ©s françaises cherchent un Ă©quilibre prĂ©caire. Elles semblent tiraillĂ©es entre la nĂ©cessitĂ© de se financer et le risque de creuser les inĂ©galitĂ©s sociales.

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