Metsada israel
Par David
France
Malgré de multiples gestes de rapprochement depuis la reconnaissance française de la Palestine, Israël annonce fin mars 2026 mettre fin à ses importations de défense françaises, illustrant une relation bilatérale fracturée.
Oscar Tessonneau
Le 28 mars dernier, le quotidien des habitants d'Haret Saïda a été bouleversé par des frappes. Quelques habitants gravissent lentement la pente d'une impasse. Ils enterraient cinq secouristes de la défense civile. Certains étaient membres des scouts Al-Risala.
Leur ambulance fut pulvérisée par l'armée israélienne alors que ces civils se rendaient au village de Zaoutar al-Charqieh. Correspondant à Beyrouth pour le quotidien Libération, Arthur Sarradin retrace cette journée meurtrière. Mustafa al-Zein, chef de la municipalité, rend hommage à ces « héros du terrain ». Ils « avancent sous les bombardements, sauvent des vies, apportent nourriture et médicaments aux habitants restés dans les maisons qu'ils n'ont pas abandonnées ».
Les civils qui se rendaient à Zaoutar se nomment Hussein Darwish, Hassan Noureddine, Ali Jaha, Ibrahim Abou Zeid et Adel Qaddouh. Ce dernier, selon un proche, était « un champion de handball, l'un des meilleurs buteurs du championnat, et un arbitre reconnu ». Il était devenu trop dangereux de les enterrer dans leurs villages d'origine, sous occupation israélienne. Leur mort est une illustration limpide des multiples violations du droit international humanitaire par l'armée israélienne.
Auteur d'un ouvrage intitulé Le conflit israélo-palestinien : que dit le droit ?, le politologue Habib Gherari rappelle que le droit international humanitaire distingue deux volets complémentaires. Tandis que le premier réglemente les moyens et les méthodes de guerre admissibles, l'autre « se préoccupe du traitement et de la protection des personnes touchées par les combats » comme les scouts Al-Risala.
Ces règles définissent le rôle des « personnes qui ne participent pas aux hostilités telles que les civils, les membres du personnel sanitaire ou d'organisations humanitaires ». Les secouristes d'Al-Risala appartenaient précisément à cette dernière catégorie. Depuis 2024, 210 secouristes ont été tués par l'armée israélienne au Liban. Pourtant, Tsahal n'a jamais apporté la preuve du moindre transport d'armes dans les ambulances, comme elle l'affirme pourtant systématiquement.
Vers midi ce même samedi, trois journalistes sont tués dans la région de Jezzine lors d'une frappe visant leur véhicule.
Ali Choueib, correspondant de la chaîne de télévision Al-Manar, ainsi que Fatima Ftouni et son frère Mohammad, respectivement correspondante et caméraman pour Al-Mayadeen, meurent sur le coup. Selon plusieurs témoins, l'équipe portait des gilets marqués PRESS, leur véhicule ne transportait aucune arme, et la route empruntée était jusqu'alors très fréquentée.
Une politique de dynamitage
L'armée israélienne revendique rapidement l'attaque. Tsahal accuse Ali Choueib d'avoir « systématiquement divulgué les positions des forces israéliennes ». Sarradin documente cette accusation avec précision. Elle « ressemble surtout à la description de leur métier : documenter l'avancée de l'armée israélienne au Sud-Liban ». Gherari rappelle que la 4e Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, signée par 196 États dont Israël, « met au clair les obligations de la puissance occupante à l'égard de la population civile, encadre ses droits et prérogatives, et contient des dispositions détaillées sur les secours humanitaires en faveur des populations en territoire occupé ».
L'applicabilité de ce texte est reconnue à l'unisson sur le plan international. Gherari précise qu'elle se fait « à rebours de l'analyse israélienne qui s'en trouve singulièrement isolée ». Le Conseil de sécurité a adopté de nombreuses résolutions en ce sens, engageant Israël « à se conformer scrupuleusement aux dispositions de la Convention ».
Au Liban et dans la bande de Gaza, l'armée israélienne contourne ces obligations en qualifiant de combattants ceux qu'elle frappe — secouristes, journalistes — sans jamais en apporter la preuve. Elle se contente de présenter ces offensives comme des actes de légitime défense.
La mort de Fatima Ftouni et de son frère Mohammad révèle pourtant l'impossibilité de toute justification juridique cohérente. Ahmad Taha, collègue des journalistes tués, pose la question avec une clarté désarmante : « Même en admettant un prétexte pour l'assassinat d'Ali Choueib, quelle serait alors la justification pour tuer Fatima et son frère ? Si la communauté internationale ne réagit pas, le même scénario sera répété au Liban. »
Fatima Ftouni était originaire de Taybeh.
Dans ce village, l'armée israélienne mène une politique de dynamitage systématique des habitations civiles. Elle avait perdu sept membres de sa famille lors de la guerre de 2024. La journaliste d'Al-Mayadeen venait de documenter ce que son propre camp avait subi au Liban. Pourtant, la 4e Convention de Genève n'est pas encore pleinement invoquée pour analyser la crise au sud du Liban et à Gaza.
Deux journalistes tués toutes les semaines par Tsahal
Habib Gherari note qu'elle s'applique dès lors que deux conditions sont satisfaites : l'existence d'un conflit armé et un conflit opposant deux États parties. Le Liban est partie à ce traité. Les obligations qui en découlent pour Israël sont donc pleinement contraignantes. Tsahal a l'interdiction de cibler des personnes qui ne participent pas aux hostilités. Gherari souligne que la Convention garantit « l'intangibilité » des civils par son article 47. Ainsi, plusieurs dispositions « ne doivent pas se lire de manière restrictive » mais « en fonction du but de cette Convention, à savoir la protection des civils ».
L'argument israélien selon lequel des journalistes documentant l'avancée de ses forces constitueraient des cibles militaires légitimes est rejeté par le droit international. Pourtant, le cessez-feu tarde à se mettre en place. La journée du 28 mars a également coûté la vie à des soldats de l'armée libanaise non engagés dans les hostilités. Des civils de plusieurs villages ont péri. Un père et son fils ont été tués dans une camionnette à Debel. Le chef du village, Lahoud Younes, confie son incompréhension : « Les habitants coordonnent chacun de leurs déplacements avec l'armée libanaise et les casques bleus de l'ONU. »
Le président libanais Joseph Aoun a évoqué un « crime flagrant » et « une énième agression israélienne violant les règles les plus élémentaires du droit international ». Depuis le 7 octobre 2023, l'armée israélienne tue en moyenne deux journalistes par semaine, selon le Comité pour la protection des journalistes. Ces actes lui permettraient de contrôler un ensemble de territoires au sud du Liban et en Israël. Gherari rappelle pourtant que le principe « d'inadmissibilité de l'acquisition territoriale par la force » a été « maintes fois rappelé notamment par le Conseil de sécurité » — sans effet tangible sur le terrain.
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