Le gouvernement de SĂ©bastien Lecornu Ă  l’hĂŽtel de Matignon

FRANCE

Guerre au Moyen-Orient : Sébastien Lecornu dévoile la stratégie française pour limiter les effets budgétaires de la guerre

Cet aprĂšs-midi, SĂ©bastien Lecornu indiquait lors d'une confĂ©rence de presse que la guerre peut prendre diffĂ©rentes formes. Il existe des scĂ©narios noirs : destruction des sites de production d’hydrocarbures au Moyen-Orient, fermeture des routes maritimes comme celle de Bab el-Mandeb, voire des crises bancaires.

470 milliards d'euros d'aides ciblĂ©es ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© annoncĂ©s par David Amiel, quand 710 milliards d'aides nouvelles seront prochainement dĂ©finis. DĂ©fiscalisĂ©e, une premiĂšre prime carburant passera de 300 euros Ă  600 pour chaque salariĂ©, et restera dĂ©socialisĂ©e. Une seconde aide visera 3 millions de grands rouleurs pour la pĂ©riode allant de juin Ă  aoĂ»t. Elle leur permettra de toucher 150 euros sur six mois. « En tenant l’activitĂ© du pays, on s’accroche Ă  la croissance, et donc Ă  la protection de notre modĂšle social, qui finance notre vie collective et les retraites », a dĂ©veloppĂ© le Premier ministre.

Oscar Tessonneau·

De gauche Ă  droite : la ministre de la santĂ©, StĂ©phanie Rist ; le premier ministre, SĂ©bastien Lecornu ; le ministre du commerce, Serge Papin ; la porte-parole du gouvernement et ministre dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  l’énergie, Maud Bregeon ; le ministre des transports, Philippe Tabarot ; le ministre de l’économie et des finances, Roland Lescure, et le ministre dĂ©lĂ©guĂ© aux comptes publics, David Amiel, Ă  l’hĂŽtel de Matignon, Ă  Paris, le 21 mai 2026. 

Crédits Photo: Rightbrain Magazine

Reportage/France 

Jeudi 21 mai, le Premier ministre dĂ©taillait la stratĂ©gie française visant Ă  limiter l’impact Ă©conomique de la guerre en Ukraine sur l’inflation et l’approvisionnement national.

 Oscar Tessonneau  

Proche du prĂ©sident de la RĂ©publique Emmanuel Macron, l’ancien maire de Vernon a vĂ©cu diffĂ©rentes crises aux cĂŽtĂ©s du chef de l’État. Il a Ă©galement identifiĂ© plusieurs erreurs commises par ses prĂ©dĂ©cesseurs lors des autres pĂ©riodes mouvementĂ©es. Celle-ci serait plus longue que les autres : « Force est de constater que, d’une maniĂšre ou d’une autre, cette guerre va durer, soit sous une forme plus froide, soit, malheureusement, avec une reprise des frappes ».

Le temps, justement, est devenu une variable rendant chaque scĂ©nario incertain. « Le scĂ©nario le plus optimiste, c’est au fond un retour Ă  la normale entre l’étĂ© et l’automne », nous prĂ©cise Matignon. Le Premier ministre parle « d’environ plusieurs mois ». Mais la guerre peut prendre diffĂ©rentes formes, et il existe des scĂ©narios noirs : destruction des sites de production d’hydrocarbures au Moyen-Orient, fermeture des routes maritimes comme celle de Bab el-Mandeb, voire des crises bancaires.

470 milliards d'euros d'aides ciblĂ©es ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© annoncĂ©s par David Amiel, quand 710 milliards d'aides nouvelles seront prochainement dĂ©finis. DĂ©fiscalisĂ©e, une premiĂšre prime carburant passera de 300 euros Ă  600 pour chaque salariĂ©, et restera dĂ©socialisĂ©e. Une seconde aide visera 3 millions de grands rouleurs pour la pĂ©riode allant de juin Ă  aoĂ»t. Elle leur permettra de toucher 150 euros sur six mois. « En tenant l’activitĂ© du pays, on s’accroche Ă  la croissance, et donc Ă  la protection de notre modĂšle social, qui finance notre vie collective et les retraites », a dĂ©veloppĂ© le Premier ministre.

Cette stratĂ©gie vise Ă  Ă©viter un effondrement de l’économie française, ainsi qu'Ă  proposer lors d'un Conseil des ministres Ă  la mi-octobre un budget sans hausse d'impĂŽts. Mercredi 21 mai, le baromĂštre EY rĂ©vĂ©lait qu’elle restait la plus attractive d’un vieux continent en repli du fait de ses dĂ©pendances aux hydrocarbures. « Les hydrocarbures, c’est une impasse. L’électrification, l’électricitĂ©, ça en vaut la peine. Nous vivons dĂ©sormais dans un modĂšle oĂč nous sommes capables de produire beaucoup d’énergie chez nous, de maniĂšre souveraine, dĂ©carbonĂ©e », a-t-il dĂ©veloppĂ©. Cette dĂ©cision vise Ă  rĂ©duire la dĂ©pendance aux importations d’énergie via les principaux canaux commerciaux jouxtant le Moyen-Orient, dans un contexte oĂč les prix du pĂ©trole ont connu des hausses de plus de 40 % depuis le dĂ©but du conflit ukrainien.


3 Ă  4 % de croissance en moins

SĂ©bastien Lecornu est catĂ©gorique : ces hausses du coĂ»t du carburant impacteront le prochain budget. Les finances publiques affichent un dĂ©ficit de 5,1 % du PIB en 2026, un niveau que le gouvernement entend rĂ©duire progressivement pour l’adapter aux prĂ©visions de la croissance française et aux taux d’intĂ©rĂȘt. Dans sa prise de parole, Roland Lescure rappelait que les prĂ©visions des institutions internationales Ă©taient en dessous des 1 %. « La Commission europĂ©enne prĂ©voit 0,8 % de croissance pour la France, et le FMI 0,7 %. On est Ă©videmment dans des chiffres extrĂȘmement proches », a-t-il soulignĂ© dĂšs le dĂ©but de son intervention.

Il identifie plusieurs motifs d’inquiĂ©tude. « La croissance, vous le savez, a marquĂ© une pause au premier trimestre de cette annĂ©e », a-t-il reconnu sans dĂ©tour. Parmi les causes de ce ralentissement, le ministre de l’Économie cite des facteurs exceptionnels mais bien rĂ©els : la flambĂ©e des prix de l’énergie, des exportations qui peinent Ă  retrouver leur dynamique habituelle, et un secteur de la construction un peu en retrait, en partie Ă  cause du cycle Ă©lectoral qui pĂšse sur les dĂ©cisions d’investissement. Les prix du carburant ont baissĂ© suite aux coĂ»ts rappelĂ©s par la porte-parole du gouvernement Maud BrĂ©geon. « On est passĂ© de 2,40 € Ă  2 € le litre lors du pic dĂ©but avril », a-t-elle annoncĂ©. Ils ont baissĂ© de 16 % en quelques semaines trĂšs difficiles. « L’État a agi en 2022 et Bercy engage les travaux pour analyser la dĂ©composition des coĂ»ts des matĂ©riaux, mieux comprendre le marchĂ© et les Ă©volutions de prix rĂ©percutĂ©es sur les matiĂšres premiĂšres », a expliquĂ© l’ancienne dĂ©putĂ©e des Hauts-de-Seine. Également ministre de l’Énergie, elle promet une transparence accrue aux diffĂ©rents acteurs Ă©conomiques effectuant de longs trajets.

L’ancien sĂ©nateur des Alpes-Maritimes Philippe Tabarot a annoncĂ© qu’il existait un accord avec le Premier ministre pour la reconduction du dispositif d’aide forfaitaire pour 3 mois supplĂ©mentaires. L’aide sera complĂ©tĂ©e d’un bonus Ă©cologique pour les grands rouleurs. « À partir du 1er octobre et pour 3 mois, ils pourront bĂ©nĂ©ficier d’une aide Ă  l’achat allant jusqu’à 5 500 € pour un vĂ©hicule Ă©lectrique assemblĂ© en Europe », a prĂ©cisĂ© Philippe Tabarot. GrĂące Ă  cette politique de leasing, le prix d’achat des vĂ©hicules Ă©ligibles pourra aller jusqu’à 65 000 €. « L’objectif est d’équiper les chauffeurs en zone rurale, oĂč le parc Ă©lectrique n’est que de 4 % », a-t-il justifiĂ©. Ces aides seront avant tout destinĂ©es Ă  un ensemble d’actifs prĂ©caires dans la fonction publique et les mĂ©tiers du lien.


Des aides pour plus de trois millions d’actifs prĂ©caires

StĂ©phanie Rist a mis en lumiĂšre la situation difficile des professionnels de l’aide Ă  domicile, particuliĂšrement touchĂ©s par la flambĂ©e du prix du carburant. « Leur temps partiel est souvent subi. La dĂ©pense de carburant reprĂ©sente habituellement 20 % de leurs revenus », a-t-elle soulignĂ©. Deux dispositifs supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© annoncĂ©s pour les soutenir, en plus de l’aide aux grands rouleurs. « Il y aura une revalorisation pĂ©renne des indemnitĂ©s kilomĂ©triques pour ces aides Ă  domicile, qui reprĂ©sente environ 0,20 € par litre d’essence. ConcrĂštement, pour une aide Ă  domicile qui ferait 10 000 km par an, ça reprĂ©sente Ă  peu prĂšs 200 € », a-t-elle prĂ©cisĂ©.

Enfin, un second dispositif, plus innovant, amĂ©liorera les chĂšques allouĂ©s aux aides Ă  domicile souhaitant se procurer une voiture Ă©lectrique. « Ces professionnels doivent accĂ©der aux voitures Ă©lectriques pour un coĂ»t mensuel entre 50 € et 100 €, sans apport ». David Amiel prĂ©cise que les mĂȘmes aides seront Ă©largies Ă  diffĂ©rents types d’agents du secteur public en situation de prĂ©caritĂ©. Il a dĂ©taillĂ© les mesures pour les agents utilisant leur vĂ©hicule personnel : enseignants remplaçants, AESH, agents hospitaliers.

Enfin, Serge Papin a annoncĂ© une simplification de la prime carburante. 3 millions d’actifs français sont concernĂ©s. Ils doivent toucher des revenus jusqu’à 1 500 € net par mois (dĂ©ciles 1 Ă  5) et avoir un trajet domicile-travail supĂ©rieur Ă  30 km. « Le guichet ouvrira le 27 mai, les versements interviendront dans la foulĂ©e ». Le montant varie entre 50 € et 100 € par mois.

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