Happy mother with her little baby on pink background. IVF conceptPar Pixel-ShotFrancePortĂ© par la ministre de la SantĂ© StĂ©phanie Rist, ce plan prĂ©sentĂ© le 5 fĂ©vrier au ministĂšre de la SantĂ© propose seize mesures. Il permettra de mieux dĂ©pister et lutter contre lâinfertilitĂ©.Par Oscar Tessonneau ·4 FĂ©vrier 2026Ce sont des dĂ©cisions collectives et intimes. Elles touchent Ă nos vies personnelles et Ă nos volontĂ©s de fonder une famille. Le 5 fĂ©vrier 2026, la ministre de la SantĂ© a lancĂ© « la premiĂšre rĂ©union du comitĂ© de pilotage du plan fertilitĂ© ». Ce comitĂ©, coprĂ©sidĂ© par les mĂ©decins SalomĂ© Berlioux et Samir Hamamah, a un objectif clair : rendre Ă chaque couple sa capacitĂ© dâaction face aux problĂšmes de fertilitĂ©. Ils seront rĂ©pertoriĂ©s dans un portail national de rĂ©fĂ©rence sur la santĂ© reproductive. Le plan quâils prĂ©senteront demain Ă la presse sera structurĂ© en seize mesures.Lâaxe 1, qui consiste à « sensibiliser et prĂ©venir », met en place un portail national de rĂ©fĂ©rence sur la fertilitĂ©. Il sera accessible via SantĂ©.fr. Cette plateforme vise Ă rendre disponibles des informations « scientifiquement validĂ©es et adaptĂ©es aux Ăąges de la vie ». Lâoutil est censĂ© fournir une information « Ă©quilibrĂ©e et scientifiquement fondĂ©e » Ă lâensemble des Français de 29 ans. Ce seuil ne doit rien au hasard. Dans leur essai, Berlioux et Hamamah Ă©voquent lâĂąge auquel lâon peut soigner « le syndrome du si jâavais su » grĂące Ă des outils rĂ©pertoriĂ©s pour les usagers.De la documentation sera transmise sur lâautoconservation ovocytaire. Soixante-dix centres devraient Ă©galement ouvrir en France dâici 2028. Loin dâĂȘtre symbolique, cette gĂ©nĂ©ralisation vise Ă offrir Ă tous les couples, quel que soit leur parcours, une organisation favorable au dĂ©veloppement dâune famille dans de bonnes conditions. Berlioux et Hamamah rappellent que soutenir la famille, câest aussi permettre de faire des enfants. « Les allocations familiales, dans cette logique, se justifient de deux façons. Elles compensent les coĂ»ts, mais rĂ©munĂšrent aussi un service rendu Ă la Nation », prĂ©cisent-ils.Le plan fertilitĂ© du gouvernement trouve son ancrage dans ces politiques. Berlioux et Hamamah dĂ©crivent un droit de la famille composite, traversĂ© par trois idĂ©ologies : le natalisme, le familialisme et le socialisme. Le premier, disent-ils, « entretient des liens avec le second », car « soutenir la famille ne se lĂ©gitime pas uniquement pour des raisons morales ». Des allocations soutiennent les familles dans des politiques natalistes, dans un contexte de forte chute dĂ©mographique. Journaliste au Nouvel Obs, Boris Manenti a rĂ©cemment publiĂ© une enquĂȘte.Vers une politique de fertilitĂ© individualisĂ©eSes travaux prĂ©sentent un constat dĂ©mographique inĂ©dit : « Pour la premiĂšre fois depuis la Seconde Guerre mondiale, notre pays a enregistrĂ© plus de dĂ©cĂšs que de naissances. » Il Ă©voque « un choc de vieillissement annoncĂ© ». Il remettrait en cause « notre modĂšle social, bĂąti sur le travail et la croissance dĂ©mographique », alors mĂȘme que « les propositions ne manquent pas pour contrer le phĂ©nomĂšne ». La prise en charge des infertilitĂ©s est ainsi Ă©tudiĂ©e.Pour encadrer ces Ă©volutions, le gouvernement souhaite dĂ©velopper les plateformes PREVENIR. Elles assurent un maillage territorial et une prĂ©sence concrĂšte dans les parcours de soins, lĂ oĂč les premiers signaux de dĂ©tresse mĂ©dicale sont rĂ©guliĂšrement minimisĂ©s. Ă ces plateformes sâajoutent la mise en place dâun systĂšme national de gestion des dons de gamĂštes et dâembryons, appuyĂ© sur les professionnels de terrain. Berlioux et Hamamah soulignent que cette Ă©volution marque aussi une bascule : celle dâune politique nataliste dâaprĂšs-guerre vers une politique de fertilitĂ© individualisĂ©e.« La famille se situe, Ă bien des Ă©gards, au cĆur du modĂšle social français », notent-ils. Ces choix illustrent une profonde mutation du modĂšle familial français, fondĂ© sur des politiques sociales ambitieuses. « Ce socialisme, autant soutenu par des libĂ©raux que par des partisans de la redistribution, se donne aussi pour objectif de permettre aux familles pauvres dâavoir les enfants quâelles dĂ©sirent », Ă©crivent les deux gynĂ©cologues. Ils replacent cette Ă©volution dans lâhistoire longue du soutien politique Ă la fĂ©conditĂ©.Viennent ensuite les mesures du deuxiĂšme axe, plus techniques, dĂ©diĂ©es Ă la dĂ©tection prĂ©coce. IntĂ©grer une fiche fertilitĂ© dans « Mon bilan prĂ©vention » revient Ă instituer un nouveau standard mĂ©dical. Le plan nâoublie pas les pathologies les plus invisibilisĂ©es : endomĂ©triose et syndrome des ovaires polykystiques.Mais câest dans le troisiĂšme axe, celui de la prise en charge, que les ambitions deviennent les plus tangibles. Trente nouveaux centres dâautoconservation des ovocytes devraient voir le jour, sâajoutant aux quarante dĂ©jĂ existants. Lâouverture potentielle aux centres privĂ©s Ă but lucratif soulĂšve, en creux, la question de la marchandisation des trajectoires reproductives. Le gouvernement promet Ă©galement un systĂšme national de gestion des dons de gamĂštes et dâembryons, afin « dâamĂ©liorer la transparence et lâefficience ». Le tout sâinscrit dans une logique de parcours, avec une mission confiĂ©e Ă lâANAP pour structurer lâorganisation des centres dâAMP et la formation de nouveaux spĂ©cialistes.Deux niveaux de DIUSalomĂ© Berlioux et Samir Hamamah affirment quâil est temps de « crĂ©er des diplĂŽmes interuniversitaires accessibles Ă tous les professionnels de santĂ© susceptibles dâintervenir dans la prĂ©vention de lâinfertilitĂ© » et de dĂ©cloisonner la parole. Ils plaident pour la crĂ©ation dâun DIU en deux niveaux : une annĂ©e dâinitiation pour dĂ©livrer un « rĂ©fĂ©rentiel socle de connaissances et compĂ©tences en santĂ© reproductive », puis une annĂ©e de renforcement tournĂ©e vers la prise en charge de premier recours.Dans leur essai, les deux gynĂ©cologues Ă©crivent que les mĂ©decins doivent offrir, dĂšs lâapparition des premiers signes â fatigue inexpliquĂ©e, douleurs menstruelles, cycles irrĂ©guliers â les moyens de reconnaĂźtre ce que des annĂ©es de spĂ©cialisation ont transformĂ© en langage cryptĂ©. Apprendre Ă repĂ©rer une endomĂ©triose, Ă poser les bonnes questions sur une Ă©ventuelle hyperprolactinĂ©mie, Ă identifier des antĂ©cĂ©dents testiculaires devient indispensable.Berlioux et Hamamah prĂ©cisent que « les professionnels doivent ĂȘtre sensibilisĂ©s Ă lâimpact des reprotoxiques, notamment pendant la pĂ©riode prĂ©conceptionnelle, la grossesse ou lors dâexpositions professionnelles », Ă partir dâun faisceau dâobservations. Les principaux modules enseignĂ©s permettront dâĂ©tudier la comprĂ©hension du cycle ovarien ou le lien entre mode de vie et qualitĂ© spermatique.Le but du corps mĂ©dical restera dâ« informer sur les situations professionnelles susceptibles dâaccroĂźtre la tempĂ©rature scrotale et dâaltĂ©rer la spermatogenĂšse », notent-ils. Enfin, pour que cette formation ne reste pas lâapanage dâun cercle restreint de spĂ©cialistes, les deux mĂ©decins souhaitent « mobiliser les conseils nationaux professionnels (CNP), acteurs majeurs de la formation continue ». Ces derniers pourront réécrire les rĂ©fĂ©rentiels et reconnaĂźtre que lâinfertilitĂ© ne commence pas Ă la PMA.Â