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"L’Abilify m’a fait prendre vingt kilos »

AutorisĂ© depuis les annĂ©es 2000 par la Haute AutoritĂ© de SantĂ© (HAS) française, l’Abilify est un neuroleptique prescrit par de nombreux psych atres français, qui le recommandent sur ordonnance Ă  des patients ayant divers troubles du comportement et du neurodĂ©veloppement.

Oscar Tessonneau

"La diversité des symptÎmes et des réponses individuelles aux médicaments souligne l'urgence de développer de nouvelles options thérapeutiques."

En 2009, les agences de rĂ©gulation du mĂ©dicament quĂ©bĂ©coises ont publiĂ© de nombreux rapports. Ces derniers indiquent que l’Abilify, un neuroleptique Ă  base d’Aripiprazole, est une molĂ©cule innovante. De nombreux psychiatres pensent qu’elle permettra de traiter la schizophrĂ©nie, une maladie complexe et hĂ©tĂ©rogĂšne qui affecte environ 40 000 personnes au QuĂ©bec. TrĂšs diffĂ©rente de l’autisme, qui se caractĂ©rise par des troubles de l’interaction sociale , la schizophrĂ©nie est une maladie psychotique caractĂ©risĂ©e par des symptĂŽmes variĂ©s, tels que les hallucinations et le repli sur soi.

L’Abilify, bien que non curatif, vise Ă  gĂ©rer ces symptĂŽmes pour permettre aux patients de mener une vie satisfaisante et productive. NĂ©anmoins, les mĂ©decins canadiens ont trĂšs vite constatĂ© que ce traitement ne fonctionnait pas toujours. "La diversitĂ© des symptĂŽmes et des rĂ©ponses individuelles aux mĂ©dicaments souligne l'urgence de dĂ©velopper de nouvelles options thĂ©rapeutiques," note dĂšs 2009 le Dr Roch-Hugo Bouchard. En effet, Ă  QuĂ©bec, le taux d’abandon du traitement reste Ă©levĂ©, oscillant entre 40 et 50 %, ce qui soulĂšve des inquiĂ©tudes quant Ă  la nĂ©cessitĂ© de maintenir l'engagement des patients dans leur parcours de soins. De plus, le docteur Roch-Hugo Bouchard souligne les nombreux effets indĂ©sirables du traitement, la somnolence (22 %), les signes de parkinsonisme chez plus d’un tiers des patients ayant rĂ©guliĂšrement une main qui tremble, et une augmentation de poids signiïŹcative chez plus d’un quart des patients canadiens. Cela n’empĂȘche pas de nombreux psychiatres français, comme ceux du centre hospitalier Jacques Arnaud Ă  BouffĂ©mont (95), ou du centre Philippe Paumelle Ă  Paris, de prescrire des ordonnances d'Abilify à leurs patients. Depuis plusieurs mois, ces mĂ©decins n’ont pas souhaitĂ© rĂ©pondre Ă  nos questions au sujet de cette molĂ©cule. Actuellement, la Haute AutoritĂ© Française (HAS) autorise la vente de la molĂ©cule pour des proïŹls n’ayant aucun trouble schizophrĂ©nique, comme les neuroatypiques ayant un syndrome d’Asperger diagnostiquĂ© par l’un des Centres de Ressources Autisme (CRA) de leur dĂ©partement.

"L’Abilify n’apporte pas d’amĂ©lioration du service mĂ©dical rendu dans la prise en charge de la schizophrĂ©nie chez l’adolescent."

En France, l’Abilify est un antipsychotique frĂ©quemment dĂ©battu. Une synthĂšse d'avis de la Commission de la Transparence de l’HAS (Haute AutoritĂ© de SantĂ©), datant de 2011, met en lumiĂšre son utilitĂ© et ses limites, particuliĂšrement en ce qui concerne son impact nul sur la prise en charge des troubles du comportement, et son impact sur le poids et le sommeil des patients prenant la molĂ©cule. « J’ai pris vingt kilos lorsque je prenais ce mĂ©dicament. Je n’étais plus bonne Ă  rien, » nous conïŹe une patiente de l’ASM 13, une association de santĂ© mentale situĂ©e Ă  Paris. DĂšs 2011, la Commission de la Transparence de l'HAS a notĂ© que l’ABILIFY s'applique pour « le traitement des Ă©pisodes maniaques modĂ©rĂ©s Ă  sĂ©vĂšres des troubles bipolaires de type I. » Cependant, il est prĂ©cisĂ© que cette synthĂšse se concentre sur l'efïŹcacitĂ© chez l'adolescent schizophrĂšne, soulignant une efïŹcacitĂ© qui « peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme modeste » par rapport au placebo. Ces rĂ©sultats ont conduit la Haute AutoritĂ© de SantĂ© Ă  souligner dĂšs 2011 que « l’ABILIFY n’apporte pas d’amĂ©lioration du service mĂ©dical rendu dans la prise en charge de la schizophrĂ©nie chez l’adolescent », dans l'attente de donnĂ©es contrĂŽlĂ©es sur une pĂ©riode de traitement d'au moins six mois. NĂ©anmoins, l'HAS prĂ©cisait que cette dĂ©cision se fondait sur l'absence d'Ă©tudes comparatives Ă  un traitement actif, ce qui limite la capacitĂ© Ă  Ă©tablir fermement la place d'ABILIFY dans la prise en charge d’un adolescent autiste ou bipolaire, pouvant presque recevoir une ordonnance d’Abilify dans n’importe quelle Association de SantĂ© Mentale (ASM) de France.

Les chiffres parlent d’eux-mĂȘmes

Depuis la parution de l'Ă©tude STAR, supervisĂ©e en 2004 par le laboratoire Otsuka Pharmaceutical France, on sait que l'efïŹcacitĂ© de l'aripiprazole (Abilify) est presque nulle. Les 593 patients schizophrĂšnes traitĂ©s en ville dans 12 pays europĂ©ens, incluant la France avec 21 centres participants, montrent que la molĂ©cule a peu d’effets. Sur les 555 patients randomisĂ©s, 330 (59,5 %) ont achevĂ© les 26 semaines de suivi. Dans la population française, 58 des 102 patients (57 %) ont complĂ©té l'Ă©tude. Les posologies Ă©taient ajustĂ©es selon les recommandations, avec des gammes de dosage pour l'aripiprazole de 10 Ă  30 mg/jour et des comparaisons similaires pour les autres antipsychotiques. L'analyse des motifs d'arrĂȘt prĂ©maturĂ© a rĂ©vĂ©lĂ© que la survenue d'Ă©vĂ©nements indĂ©sirables Ă©tait la cause la plus frĂ©quente, reprĂ©sentant environ 20 % des arrĂȘts chez les patients sous aripiprazole et entre 16 % et 29 % chez ceux sous SOC. Le manque d'efïŹcacitĂ© Ă©tait le second motif le plus commun, citĂ© pour environ 11 % des patients sous aripiprazole. En termes d'efïŹcacitĂ©, une amĂ©lioration lĂ©gĂšrement meilleure a Ă©tĂ© notĂ©e pour le groupe sous aripiprazole, avec une diffĂ©rence moyenne de -3,3 points entre l’aripiprazole et l’autre molĂ©cule. Cette amĂ©lioration a Ă©tĂ© corroborĂ© par des amĂ©liorations signiïŹcatives dans les scores de qualitĂ© de vie et la prĂ©fĂ©rence des patients schizophrĂšnes ou bipolaires pour l'aripiprazole par rapport aux traitements antĂ©rieurs. Ainsi, les rĂ©sultats de ces Ă©tudes, dĂ©fendues par de nombreux psychiatres prescrivant de l’Abilify dans diverses structures, comme les associations de santĂ© mentale (ASM), les polycliniques ou les centres mĂ©dico-psychologiques (CMP) doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©s avec prudence en raison de la nature ouverte de l'Ă©tude et du taux Ă©levĂ© d'abandon du traitement, suite Ă  des effets secondaires comme la prise de poids.

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