Full length of handicap businessman discussing with colleaguePar WavebreakMediaMicroEn Une En France 145 000 accompagnants aident 355 000 Ă©lĂšves en situation de handicap. Leurs contrats prĂ©caires, leurs formations minimales pĂ©nalisent le systĂšme scolaire. Ce dernier dĂ©pend dâelles sans leur donner de statut, rĂ©vĂ©lant un mĂ©tier essentiel mais dĂ©valorisĂ©.Par Oscar Tessonneau · 9 Janvier 2025La cloche sonne, les cartables sâentrechoquent, et dans le vacarme des couloirs, ce sont elles qui restent dans lâombre. Le 8 janvier, la journaliste du Monde Anne-AĂ«l Durand note que la droite sĂ©natoriale et le gouvernement « nâauront pas souhaitĂ© que les AESH soient titularisĂ©es ». La journaliste rapporte que la sĂ©natrice (PS) de Paris Colombe Brossel assume ce choix en dĂ©clarant « Mais demain matin, nous devrons dans nos territoires assumer ce vote ». DerriĂšre la formule, 145 000 personnes, deuxiĂšme catĂ©gorie de personnel de lâĂducation nationale, qui espĂ©raient un statut de fonctionnaires de catĂ©gorie B, avec temps plein, formation initiale et salaire stable. «Ces personnes qui avaient des emplois prĂ©caires ont pu accĂ©der Ă des contrats Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e », confie Ă Rightbrain JosĂ© Puig. Lâancien chargĂ© de mission Ă la DĂ©lĂ©gation des stratĂ©gies des troubles du neurodĂ©veloppement (TND) note que les accompagnantes devaient attendre plusieurs annĂ©es avant dâĂȘtre titularisĂ©es « Elles peuvent bĂ©nĂ©ficier dâun CDI, ce qui leur offre une certaine stabilitĂ©. Mais on ne peut pas parler de sĂ©curitĂ© dâemploi, la preuve. ». JosĂ© Puig admet que leur situation demeure prĂ©caire, puisque les AESH ne sont pas rĂ©munĂ©rĂ©es par lâĂducation nationale selon le temps quâelles passent Ă lâĂ©cole et Ă la cantine avec lâĂ©lĂšve. La prise en charge de ce temps Ă la cantine fut garantie grĂące Ă une proposition de loi du dĂ©putĂ© (LR) CĂ©dric Vial. « Cette situation Ă la cantine entraĂźnait la dĂ©scolarisation de fait dâun grand nombre dâenfants lâaprĂšs-midi », note Puig. Ainsi, dans les Ă©coles, plusieurs AESH travaillent en classe et dans les rĂ©fectoires pour un salaire qui « atteint Ă peine 1 000 euros net par mois ». Marie-Pierre Monier rappelle quâ« un tiers des AESH ont quittĂ© leur poste entre 2020 et 2023 ». Un chiffre vertigineux pour un mĂ©tier censĂ© garantir la continuitĂ© pĂ©dagogique et la validation dâacquis scolaires pour former les futurs salariĂ©s de nos entreprises. à la rentrĂ©e 2025, il manquait « plus de 45 000 AESH », avec « de fortes disparitĂ©s selon les territoires ». Les besoins, eux, explosent. Il y aurait 355 000 Ă©lĂšves accompagnĂ©s, notifiĂ©s par les MDPH, selon Le Monde. Une formation permet aux accompagnants de se professionnaliser. Dans Le travail de care des accompagnants des Ă©lĂšves en situation de handicap, Marie-HĂ©lĂšne Jacques et Ulla Maguet dĂ©crivent lâarchitecture administrative qui encadre ces postes.Temps partiels subisLes deux autrices rappellent que depuis le dĂ©cret n°2014-724 du 27 juin 2014, ces professionnels du care bĂ©nĂ©ficient dâ« une formation dâadaptation Ă lâemploi » incluse dans le temps de service, soit 60 heures la premiĂšre annĂ©e.Cette prĂ©paration obligatoire aborde « le systĂšme scolaire », mais aussi des bases thĂ©oriques sur le handicap, comme « quâest-ce que lâautisme ? ». Maguet prĂ©cise que sa mise en Ćuvre dĂ©pend des DASEN, chargĂ©s de dĂ©cliner la stratĂ©gie acadĂ©mique sur le terrain. Mais derriĂšre lâingĂ©nierie administrative, les chiffres racontent autre chose. Marie-HĂ©lĂšne Jacques et Ulla Maguet soulignent que lâaccĂšs Ă la formation continue repose sur des dispositifs nationaux comme la plateforme Cap Ăcole inclusive, lancĂ©e en septembre 2019, ou les modules MIN-ASH, organisĂ©s chaque annĂ©e. Officiellement, lâobjectif est de permettre aux AESH de rĂ©flĂ©chir Ă la « relation dâaide », Ă lâ« Ă©tayage », Ă lâautonomie, au lien affectif. Dans les faits, ces formations restent souvent thĂ©oriques, et insuffisantes face Ă la diversitĂ© des troubles rencontrĂ©s sur le terrain. Anne-AĂ«l Durand note que la majoritĂ© des personnes, environ 94 % des AESH, occupant ces postes, sont des femmes. Cette armĂ©e silencieuse accompagne des enfants autistes, dyspraxiques, polyhandicapĂ©s, parfois sur plusieurs Ă©tablissements, avec des contrats souvent Ă 24 heures hebdomadaires. Dans leur ouvrage, Jacques et Maguet notent que cette obligation de formation marque une « reconnaissance professionnelle », au sens sociologique : elle signifie que lâinstitution admet lâexistence dâun mĂ©tier, et non dâun simple job. Puisque les mots ont un sens, les deux autrices citent une dĂ©finition du mot professionnalisation donnĂ©e par les universitaires Anne Jorro et Richard Wittorski. Elles rappellent que cette reconnaissance envoie « un message socioprofessionnel sur le caractĂšre estimable de lâactivitĂ© ». Sur le terrain, les chiffres restent pourtant implacables. Les personnels ont des temps partiels subis, et subissent une pĂ©nurie structurelle.Un travail de careMarie-HĂ©lĂšne Jacques et Ulla Maguet expliquent que le terme de « mĂ©tier » suppose une identitĂ© professionnelle, et une structuration, lĂ oĂč la « fonction » peut ĂȘtre modifiĂ©e Ă tout moment par lâemployeur. La prĂ©sence alĂ©atoire dans une salle de rĂ©fectoire le midi, pour manger ou non avec lâĂ©lĂšve, montre dans quelle mesure la dĂ©finition donnĂ©e au mĂ©tier peut changer selon les Ă©tablissements.Dans leur essai, Jacques et Maguet rappellent que cette relation dâaide suppose une expertise. Ils constatent quâelles sont prĂ©sentes pour « adapter les supports pĂ©dagogiques, prĂ©venir les crises, et favoriser lâautonomie de lâĂ©lĂšve ». Ce dernier peut avoir Ă©normĂ©ment de mal Ă lire un document, comprendre une consigne ou rĂ©aliser un calcul. NĂ©anmoins, ces compĂ©tences invisibles, rarement reconnues dans les grilles indiciaires Ă©valuant chaque compĂ©tence. La proposition de loi rejetĂ©e voulait prĂ©cisĂ©ment transformer ce travail de care en un statut. Anne-AĂ«l Durand souligne que la sĂ©natrice Monier parlait dâun mĂ©tier devenu « essentiel » Ă lâĂ©cole inclusive. Les autrices, elles, parlent dâun travail de care, câest-Ă -dire un travail relationnel, Ă©motionnel, qui ne se mesure pas en heures mais en prĂ©sence. Dans ce dĂ©calage, se joue toute la contradiction de lâĂ©cole inclusive française. On proclame lâinclusion, on multiplie les notifications MDPH, mais on refuse la titularisation. Anne-AĂ«l Durand Ă©crit que lâargument budgĂ©taire a pesĂ© de tout son poids dans lâhĂ©micycle : la titularisation coĂ»terait 4,3 milliards dâeuros, soit davantage que les 3 milliards actuellement consacrĂ©s Ă lâĂ©cole inclusive. Le ministre concĂšde que « certains » AESH pourraient « intĂ©grer un corps sur concours » aprĂšs une « Ă©tude dâimpact approfondie ». Or, il renvoie le dossier Ă la ConfĂ©rence nationale du handicap, dont les conclusions sont attendues en juin. Autrement dit : plus tard. Toujours plus tard. Anne-AĂ«l Durand rapporte que le sĂ©nateur LR de Savoie, CĂ©dric Vial, juge irrĂ©aliste lâ« effort budgĂ©taire massif » de la titularisation, qui, selon lui, « ne se traduirait pas par une augmentation de lâaccompagnement des Ă©lĂšves ».