Mme Eva SasĂcologiste et SocialParis (8e circonscription)En UneLa rĂ©daction poursuit son travail sur la niche parlementaire des Ăcologistes. Elle aura lieu le jeudi 15 fĂ©vrier. Un pur hasard a fait que ces travaux lĂ©gislatifs traitent les trois thĂšmes que la rĂ©daction a le plus portĂ©s ces derniers mois. Pour parler du cadmium, qui pourrait ĂȘtre lâun des facteurs de dĂ©veloppement de lâautisme, des rĂ©fĂ©rendums sâopposant Ă des initiatives comme la loi Duplomb, ou encore des PFAS prĂ©sents dans de nombreuses aires dâalimentation des captages oĂč travaillent des personnes autistes, ainsi que de lâensemble des autres textes, nous avons rencontrĂ© la dĂ©putĂ©e de Paris, Eva Sas.Par Oscar Tessonneau 6 FĂ©vrier 202Vous proposez dâinscrire le RIC (rĂ©fĂ©rendum dâinitiative citoyenne) dans la Constitution. Aujourdâhui, il faut 5 millions de signatures et lâappui dâun cinquiĂšme du Parlement. Pourquoi ce seuil est-il jugĂ© antidĂ©mocratique par votre groupe ?Le rĂ©fĂ©rendum dâinitiative partagĂ©e est inscrit dans la Constitution depuis 2008 et exige le soutien dâun cinquiĂšme des parlementaires et prĂšs de cinq millions de signatures. Un seuil si Ă©levĂ© quâaucune initiative nâa jamais abouti : ce droit demeure donc largement thĂ©orique.Ă titre de comparaison, lâEspagne reconnaĂźt depuis 1978 lâinitiative populaire lĂ©gislative : 500 000 signatures suffisent pour quâune proposition de loi soit examinĂ©e par le Parlement. MalgrĂ© ses limites (encadrement Ă certains domaines et usage trop rare), ce mĂ©canisme affirme un principe essentiel, vers lequel le texte de ma collĂšgue Marie Pochon tend : lâĂ©lection des reprĂ©sentants ne confisque pas lâexercice du pouvoir citoyen.Le projet prĂ©voit un RIC suspensif permettant de bloquer la promulgation dâune loi lorsque des citoyens se mobilisent. Sâinscrit-il dans la continuitĂ© des mobilisations de votre groupe contre la loi Duplomb que la rĂ©daction avait combattu ? LâacĂ©tamipride faisant partie des nĂ©onicotinoĂŻdes, il est mis cause, du fait des caractĂ©ristiques de cette famille de molĂ©cules, dans les troubles du spectre autistique (Ă©tude parue en 2016 dans la revue Environmental Health Perspectives),Oui, tout Ă fait. Nous souhaitons que les citoyens soient rĂ©ellement entendus lorsquâils sâopposent Ă la promulgation dâune loi et, surtout, que leur mobilisation produise des effets concrets. Lâexemple de la pĂ©tition contre la loi Duplomb est rĂ©vĂ©lateur : malgrĂ© plus de deux millions de signatures, elle nâa donnĂ© lieu quâĂ un dĂ©bat sans vote.Finalement, que ce soit le Grand DĂ©bat, la Convention citoyenne pour le climat, la rĂ©forme des retraites imposĂ©e par 49-3 ou encore les rĂ©sultats des lĂ©gislatives de 2024 ignorĂ©es, partout se rĂ©pĂšte le mĂȘme scĂ©nario, celui dâune dĂ©mocratie oĂč lâon sollicite lâavis des citoyens pour mieux lâignorer ensuite.Une PPL (proposition de loi) vise Ă renforcer la protection des LA (lanceurs dâalerte) contre le narcotrafic. Quels dispositifs policiers concrets seront proposĂ©s aux polices nationale et municipale ? Dans une circonscription comme la vĂŽtre, les policiers municipaux et nationaux demandent-ils ce type de dispositifs ? Rappelons que jeudi soir, une mesure adaptĂ©e a encore Ă©tait prise pour lâĂ©cologiste Amine Kessaci lors dâun meeting Ă Aix-En Provence. ConcrĂštement, cette proposition de loi portĂ©e par ma collĂšgue Sandra Regol, crĂ©e un mĂ©canisme de protection pour les personnes menacĂ©es en raison de leur engagement contre la criminalitĂ© organisĂ©e, notamment le narcotrafic, ainsi que pour leurs proches. Elle prĂ©voit la crĂ©ation dâune commission nationale chargĂ©e dâexaminer les demandes et de dĂ©finir des mesures adaptĂ©es (protection physique, accompagnement Ă la rĂ©insertion, possibilitĂ© d'utiliser une identitĂ© d'emprunt).Cette commission nationale est saisie par le ministre de lâIntĂ©rieur ou par un agent habilitĂ© et spĂ©cialement formĂ© auprĂšs duquel les personnes concernĂ©es peuvent dĂ©poser une demande de protection individuelle.Le phĂ©nomĂšne du narcotrafic concerne lâensemble du territoire : en 2024, lâOffice anti-stupĂ©fiants recense 110 morts et 341 blessĂ©s liĂ©s Ă ces violences, soit une hausse de 33 % depuis 2021. Ma circonscription est donc concernĂ©e au mĂȘme titre que les autres, ce type de dispositif lui sera donc aussi bĂ©nĂ©fique. Une PPL « antitrust » portĂ©e par Sophie TaillĂ©-Polian veut lutter contre les monopoles mĂ©diatiques, notamment face Ă lâempire BollorĂ©. Pouvez-vous nous dire en quelques mots comment fonctionnent ces systĂšmes de holdings, oĂč nos grands quotidiens et hebdomadaires (LâExpress, Les Ăchos) et nos chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision deviennent des filiales dĂ©tenues par quelques milliardaires ? Vous aviez Ă©galement portĂ© une taxe Zucman afin que leur patrimoine immobilier soit taxĂ© Ă 2 % lorsquâils dĂ©clarent plus de 100 millions dâeuros de patrimoine.En France, lâinformation est devenue un actif stratĂ©gique et un levier dâinfluence. Aujourdâhui, onze milliardaires contrĂŽlent prĂšs de 80 % de la presse quotidienne nationale et plus de la moitiĂ© des audiences tĂ©lĂ©visĂ©es.Cette concentration est le rĂ©sultat dâun laisser-faire politique. Bernard Arnault possĂšde Les Ăchos, Le Parisien, LâOpinion, Paris Match ou Challenges ; Xavier Niel est actionnaire du Monde ; la famille Dassault dĂ©tient Le Figaro ; Rodolphe SaadĂ© contrĂŽle BFM/RMC, la Provence et la Tribune du dimanche. Vincent BollorĂ©, via Vivendi, incarne le plus clairement cette logique de prĂ©dation avec Canal+, CNews, Europe 1, le Journal du dimanche et de nombreux titres de presse magazine.La commission dâenquĂȘte sĂ©natoriale de 2022 sur la âConcentration des mĂ©dias en Franceâ a montrĂ© que cette concentration a des effets politiques concrets : pressions indirectes, autocensure, marginalisation de certains sujets, homogĂ©nĂ©isation des points de vue. La proposition de loi portĂ©e par ma collĂšgue Sophie TaillĂ©-Pollian vise Ă changer cette logique. InspirĂ©e de modĂšles europĂ©ens, elle introduit un indicateur de pouvoir dâinfluence, prenant en compte lâaudience cumulĂ©e sur tous les supports, la nature des contenus, leur capacitĂ© Ă façonner lâopinion, leur pĂ©nĂ©tration rĂ©elle dans la population, ainsi que les formes de contrĂŽle effectif exercĂ©es sur les mĂ©dias. Ce mĂ©canisme intĂšgre aussi les pactes dâactionnaires et les mĂ©canismes de contrĂŽle indirects permettant dâimposer une ligne Ă©ditoriale sans dĂ©tenir la majoritĂ© du capital.La PPL sur le DVLE (droit de vote des Ă©trangers aux Ă©lections locales) reprend un texte de 1999. Pourquoi relancer ce chantier bloquĂ© depuis 25 ans aprĂšs les travaux de NoĂ«l MamĂšre ?Sur le fond, nous dĂ©fendons depuis longtemps le droit des rĂ©sidents Ă©trangers Ă participer Ă la vie locale : six millions de personnes vivent au quotidien dans nos villes, paient leurs impĂŽts, envoient leurs enfants Ă lâĂ©cole et contribuent Ă lâĂ©conomie, sans toujours pouvoir dĂ©cider de lâavenir de leur commune. Les ressortissants de lâUnion europĂ©enne votent dĂ©jĂ aux municipales depuis le traitĂ© de Maastricht de 1992, sans que cela nuise Ă notre souverainetĂ© ni Ă notre cohĂ©sion. Pourquoi refuser ce droit Ă un rĂ©sident marocain ou sĂ©nĂ©galais installĂ© depuis des annĂ©es ?Cette ambition de longue date se double dâun enjeu de stratĂ©gie parlementaire : en mai 2000, l'AssemblĂ©e nationale adoptait une proposition de loi des Verts, portĂ©e par NoĂ«l MamĂšre, adoptĂ©e par la chambre haute en 2011. En reprenant ce texte adoptĂ©, le groupe Ă©cologiste et social souhaite quâil soit enfin adoptĂ© de maniĂšre conforme, ce qui permettra dâenclencher immĂ©diatement la rĂ©vision constitutionnelle.Une PPL vise Ă protĂ©ger lâeau potable contre les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylĂ©es). Faut-il interdire les PPP (produits phytopharmaceutiques) dans les zones de captage ? A titre dâexemple, notre magazine plaide pour une meilleure Ă©tude des PFAS dans les aires dâalimentation et de captage oĂč sâimplantent le groupe VETA. Il propose Ă des personnes autistes dâintĂ©grer le milieu industriel avec des contrats adaptĂ©s.La proposition de loi portĂ©e par mon collĂšgue Jean-Claude Raux prĂ©voit en effet, l'interdiction, Ă partir du 1er janvier 2030, des produits phytopharmaceutiques dans les aires dâalimentation des captages associĂ©es Ă des points de prĂ©lĂšvements sensibles. Ce pĂ©rimĂštre est un premier pas, il a vocation Ă ĂȘtre Ă©tendu.Cette interdiction, hors produits de biocontrĂŽle et ceux autorisĂ©s en agriculture biologique, est une mesure de santĂ© publique et de prĂ©servation de nos captages. Rappelons quâentre 1980 et 2024, 14 300 captages ont Ă©tĂ© fermĂ©s, dont 4 600 Ă cause des pesticides et des nitrates. Chaque annĂ©e, une centaine de captages supplĂ©mentaires disparaissent, faute de pouvoir dĂ©polluer une eau devenue impropre Ă la consommation.La pollution au Cd (cadmium) serait liĂ©e Ă 8 000 dĂ©cĂšs par an par cancer de la prostate. La rĂ©daction a beaucoup travaillĂ© sur ces sujets. Ătes-vous confiante quant aux capacitĂ©s du texte Ă fixer des seuils sanitaires ANSES (Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire) plus stricts ? Notre magazine suit attentivement une Ă©tude amĂ©ricaine tendant Ă montrer quâil pourrait ĂȘtre lâun des facteurs de dĂ©veloppement des troubles autistiques dans nos sociĂ©tĂ©s. La principale source de contamination au cadmium est dĂ©sormais Ă©tablie : lâusage massif dâengrais phosphatĂ©s contenant du cadmium, notamment importĂ©s du Maroc, dont les roches phosphatĂ©es sont naturellement riches. Ce mĂ©tal, qui ne se dĂ©grade pas, sâaccumule dans les sols, est absorbĂ© par les plantes et se retrouve dans nos assiettes. Or il est cancĂ©rogĂšne, suspectĂ© de contribuer Ă la forte hausse des cancers du pancrĂ©as et reconnu comme responsable de lâostĂ©oporose.Face Ă cette situation, lâinaction nâest plus possible. La proposition de loi portĂ©e par mon collĂšgue BenoĂźt Biteau sâattaque Ă la racine du problĂšme en interdisant, Ă compter du 1er janvier 2027, les engrais phosphatĂ©s importĂ©s et Ă©pandus sur nos sols agricoles contenant du cadmium.AdoptĂ© en commission des affaires Ă©conomiques, ce texte mettrait fin Ă lâutilisation dâune substance hautement nocive pour la santĂ© humaine, en sâattaquant directement Ă la source de la contamination de nos sols, de notre alimentation et, donc, de nos organismes.