En UneRapporteuse d'une mission d'information sur la dĂ©natalitĂ©, la dĂ©putĂ©e du Loiret sonne l'alarme. Elle dĂ©fend une relance dĂ©mographique avec de nouvelles politiques sociales, un congĂ© menstruel ou des prĂȘts Ă taux zĂ©ro.Oscar Tessonneau.10 FĂ©vrier 2026Depuis dix ans, la fĂ©conditĂ© en France baisse rĂ©guliĂšrement. Quelle part de cette baisse est imputable au renoncement total Ă la maternitĂ©, et quelle part au report de lâĂąge du premier enfant ?LâĂąge de la premiĂšre maternitĂ© recule fortement. Quand on fait un premier bĂ©bĂ© aprĂšs 30 ans, mĂ©caniquement, on a moins de chances dâen faire plusieurs autres que si on en fait un premier Ă 25 ans. Aujourdâhui, on est Ă presque 30 ans pour lâĂąge de la premiĂšre maternitĂ©. Le recul de cet Ăąge a forcĂ©ment un impact sur la fĂ©conditĂ©. MathĂ©matiquement, il y aura beaucoup moins de familles capables de faire trois enfants ou plus â or, ce sont ces familles qui sont importantes pour maintenir un taux de fĂ©conditĂ© au-dessus de 2. On nâattend pas la mĂ©nopause pour constater une baisse de fertilitĂ©. La fertilitĂ© des femmes diminue Ă partir de 30 ans, celle des hommes aussi. MĂ©caniquement, cela rend un troisiĂšme projet bĂ©bĂ© potentiellement plus compliquĂ©. Et puis, on nâa pas la mĂȘme fatigue Ă 30, 40 ou 50 ans quâĂ 25 ans pour gĂ©rer plusieurs enfants en bas Ăąge. Le recul de la premiĂšre maternitĂ© a un effet visible sur la fĂ©conditĂ©, comme le montrent les courbes transmises par lâInstitut national des Ă©tudes dĂ©mographiques (Ined). Il y a un deuxiĂšme effet : lâimpact financier. Les classes moyennes â celles oĂč les femmes gagnent entre 1 000 et 2 000 euros â sont celles qui font le moins dâenfants, et vraiment moins que les autres. Pourquoi ? Parce que la pĂ©nalitĂ© financiĂšre est telle quâon ne fait tout simplement pas dâenfants. Le mur financier auquel elles doivent faire face devient trop important pour envisager un deuxiĂšme enfant. DĂ©duire fiscalement les frais de garde nâest pas inintĂ©ressant Ă partir dâun certain niveau de revenus. Dans votre rapport, vous dĂ©montrez que le seuil de remplacement des gĂ©nĂ©rations est fixĂ© Ă environ 2,05 enfants par femme. Que signifie concrĂštement le passage durable sous ce seuil pour une gĂ©nĂ©ration donnĂ©e ?Pour la premiĂšre fois, on a un solde naturel nĂ©gatif. Et pourtant, la population a quand mĂȘme augmentĂ©. Aujourdâhui, la question qui se pose dans des pays comme les nĂŽtres, et particuliĂšrement dans les pays de lâUnion europĂ©enne oĂč le taux de fĂ©conditĂ© est de 1,2 ou 1,3 reste simple Ă comprendre. Comment continue-t-on Ă avoir une population dynamique ? Câest par le recours Ă lâimmigration, notamment lâimmigration Ă©conomique. Et ça, câest un facteur trĂšs important de nos dynamiques dĂ©mographiques. Globalement, on vit dans des pays attractifs, et on ne peine pas Ă combler nos besoins en termes de renouvellement gĂ©nĂ©rationnel et de main-dâĆuvre en ayant recours Ă lâimmigration Ă©conomique.La difficultĂ©, câest quâen France, câest un sujet finalement assez tabou. Les femmes Ă©trangĂšres qui accouchent en France ont effectivement plus dâenfants par femme. Il est dâenviron 3,5. NĂ©anmoins, leurs filles, qui sont nĂ©es en France de parents Ă©trangers, ont un nombre dâenfants par femme qui se rapproche trĂšs fortement de la moyenne nationale. Il nây a pas dâeffet de « grand remplacement » dans les chiffres. Une jeune fille dont les parents sont algĂ©riens, marocains ou camerounais ne fera pas nĂ©cessairement 4 ou bien 5 enfants. Au contraire, la plupart du temps, elle en aura 2, voire 1, Ă©ventuellement 3, mais ce ne sera pas trĂšs diffĂ©rent de la moyenne.Le taux dâemploi des femmes baisse aprĂšs la naissance dâun enfant, tandis que lâĂ©cart salarial homme/femme se creuse. Peut-on chiffrer prĂ©cisĂ©ment la âpĂ©nalitĂ© maternelleâ en points de salaire et de taux dâemploi ? Lâemploi des femmes nâa cessĂ© de grimper depuis les annĂ©es 70, et aujourdâhui, le taux dâemploi est considĂ©rĂ© comme Ă©levĂ©. Câest quand mĂȘme relativement important, et il faut continuer Ă travailler sur ce sujet. En revanche, ce qui est prĂ©occupant, câest quâil y a encore beaucoup de femmes qui sont en temps partiel subi plutĂŽt que choisi, Ă cause de la structuration du marchĂ© du travail et la charge des enfants. De nombreuses femmes doivent partir un peu plus tĂŽt parce que lâoffre pĂ©riscolaire sâarrĂȘte Ă 18h, ou parce quâon nâa pas le temps dâaller rĂ©cupĂ©rer son enfant.LâinĂ©galitĂ© de rĂ©partition des tĂąches domestiques augmente dâenviron 35 % aprĂšs lâarrivĂ©e dâun enfant. Dans quelle mesure ce chiffre influe-t-il sur la dĂ©cision de renoncer Ă la maternitĂ© ?Dans les pays oĂč lâĂ©galitĂ© entre les femmes et les hommes est la plus forte, tant sur le plan professionnel que domestique, la natalitĂ© se maintient bien mieux que dans ceux oĂč la pĂ©nalitĂ© professionnelle et la charge domestique reposent essentiellement sur les femmes. Câest le cas en Italie, en Espagne, en Pologne, en Russie ou dans les pays asiatiques, oĂč la natalitĂ© sâest littĂ©ralement effondrĂ©e. En France, mĂȘme si nous avons encore beaucoup Ă faire, il y a eu un vrai travail pour permettre lâintĂ©gration des femmes sur le marchĂ© du travail, bien plus que dans Ă©normĂ©ment de pays europĂ©ens. Et puis il y a la SuĂšde, oĂč un Ă©norme travail a Ă©tĂ© menĂ©. Ils ont Ă©rigĂ© lâĂ©galitĂ© hommes-femmes en prioritĂ© politique depuis les annĂ©es 70, et la natalitĂ© sây maintient mieux dans la durĂ©e que dans les autres pays.Selon lâInsee, en France, environ 30,1 millions de personnes sont en emploi. Quel est lâimpact dĂ©mographique de cette proportion sur le financement du modĂšle social ?Notre systĂšme â celui de notre branche, de notre budget de la sĂ©curitĂ© sociale â devrait normalement permettre de financer une politique familiale, mĂȘme si aujourdâhui, la branche famille vient alimenter dâautres branches de la sĂ©curitĂ© sociale. Le fond du sujet, câest plutĂŽt le suivant. Si la France continue Ă avoir une natalitĂ© qui baisse, cela signifie que demain, le nombre dâactifs sera infĂ©rieur. Et dans quelle mesure notre pacte social sera-t-il soutenable sans recourir Ă lâimmigration ou Ă une baisse de nos prĂ©tentions en matiĂšre de retraites et de protection sociale ? Le fond du sujet, il est lĂ . Je pense quâon doit toujours considĂ©rer quâinvestir dans la famille, câest investir dans nos enfants. La capacitĂ© Ă pouvoir rĂ©aliser un dĂ©sir dâenfant, Ă aller au bout dâun projet familial, tout comme la capacitĂ© Ă Ă©duquer nos enfants et Ă les Ă©lever correctement, câest un investissement pour lâavenir. Les enfants dâaujourdâhui seront les actifs de demain.