Asian young woman with her friend created her dancing video by smartphone camera together. To share video on tiktok social media applicationPar NattakornEconomie Une partie des centrales françaises dĂ©pend encore de lâuranium enrichi russe, via EDF et lâindustriel Orano. MalgrĂ© la guerre en Ukraine, le commerce avec Rosatom perdure dans une opacitĂ© assumĂ©e.Par Oscar Tessonneau ·29 Janvier 2025Câest une guerre qui ne dit pas son nom. Elle est certes plus Ă©conomique que militaire. Tandis que les blindĂ©s russes continuent dâuser les routes dâUkraine, dâautres cargaisons dâuranium sillonnent les centrales nuclĂ©aires europĂ©ennes. «âPrĂšs de quatre ans aprĂšs le dĂ©but de lâinvasion [âŠ], le ballet des cargos chargĂ©s dâuranium continue entre la Russie et la Franceâ», note le journaliste Ă LibĂ©ration Jean-Christophe FĂ©raud.Dans son exĂ©gĂšse dâun rapport de lâONG Greenpeace, il prĂ©cise que lâorganisation dĂ©nonce ce quâelle compare à «âun trafic radioactifâ». Si les chiffres sont Ă peine diffusĂ©s, les douanes françaises enregistrent tout de mĂȘme 257 tonnes dâuranium enrichi entre janvier et septembre 2025, dont 45,2 tonnes directement venues de Russie. Officiellement, «âle nuclĂ©aire civil reste exclu des sanctions europĂ©ennes contre la Russieâ», rappelle Jean-Christophe FĂ©raud. Cela permet aux groupes français EDF et Orano de poursuivre leurs Ă©changes avec Rosatom, le gĂ©ant public russe du nuclĂ©aire.Ce dernier nâa pourtant rien dâun fournisseur ordinaire. Auteur dâun essai intitulĂ© GĂ©opolitique du nuclĂ©aire, le maĂźtre de confĂ©rences en Relations Internationales et gĂ©ographe Teva Meyer explique que «âles ressources de la Russie ne rĂ©pondent ni aux besoins de son parc de centrales ni aux contrats dâexportation de combustibles nuclĂ©aires signĂ©s Ă ce jourâ», et que «âla conquĂȘte du marchĂ© mondial du nuclĂ©aire dans laquelle le Kremlin a lancĂ© son industrieâ» repose sur une stratĂ©gie dâinfluence. En rĂ©alitĂ©, souligne LibĂ©ration, «âune bonne partie de ce yellow cake provient de la zone dâinfluence de la Russie ou bien transite par son territoireâ».Ă la fin septembre 2025, la moitiĂ© des 10â370 tonnes dâuranium naturel importĂ©es en France provenait du Kazakhstan (3â082 tonnes) et dâOuzbĂ©kistan (2â093 tonnes). Rosatom est implantĂ© de longue date dans les deux pays. Cette dĂ©pendance est dâautant plus frappante que la Russie elle-mĂȘme peine Ă subvenir Ă ses propres besoins. Comme lâexplique Teva Meyer, «âles gisements russes se situent dans des rĂ©gions isolĂ©es, montagneuses, aux conditions mĂ©tĂ©orologiques difficilesâ», notamment en Yakoutie, en TransbaĂŻkalie ou dans lâOural. Trois mines seulement â Priargunsky, Khiagda et Dalur â assurent encore une production en baisse constante. Le Kremlin les subventionne Ă perte.Un business de la honteAprĂšs avoir vidĂ© les stocks hĂ©ritĂ©s de lâURSS et exploitĂ© le programme Megatons to Megawatts, Moscou sâest progressivement tournĂ©e vers lâAfrique centrale, lâAsie centrale et ses anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques. Son objectif Ă©tait clair. Le Kremlin voulait maintenir son influence tout en conservant un accĂšs au marchĂ© mondial. Cette nĂ©cessitĂ© Ă©tait vitale, car, selon Teva Meyer, «âle tarissement de ces sources secondaires est dâautant plus handicapant que celles-ci alimentaient la consommation de la trentaine de rĂ©acteurs de recherche en Russieâ».CĂŽtĂ© français, rien ne bouge. Orano Ă©voque 7â000 tonnes annuelles achetĂ©es hors Russie, tandis que lâensemble de la filiĂšre repose sur 14â000 tonnes de matiĂšre premiĂšre par an, transformĂ©e et rĂ©injectĂ©e dans les 57 rĂ©acteurs du territoire hexagonal. Pourtant, un seul problĂšme subsiste. Rosatom conserve une part clĂ© du procĂ©dĂ© dâenrichissement, sans laquelle le yellow cake nâest quâune poussiĂšre inerte. Câest une impasse diplomatique qui sâhabille en partenariat technique.LibĂ©ration rapporte que, mi-novembre encore, plusieurs dizaines de tonnes dâuranium de retraitement (URT) sont parties du port de Dunkerque, direction Seversk, en SibĂ©rie. Objectif : produire de lâURE â uranium de retraitement enrichi â dans les usines de TVEL. Le groupe est une filiale du conglomĂ©rat Rosatom. Par la suite, il retourne en France pour alimenter, comme si de rien nâĂ©tait, les rĂ©acteurs de la centrale de Cruas, en ArdĂšche. Tout cela malgrĂ© la guerre, malgrĂ© les sanctions, malgrĂ© la promesse dâEDF de «ârĂ©duire sa dĂ©pendanceâ».Dans lâombre des contrats, les liens entre la filiĂšre nuclĂ©aire française et Rosatom se sont approfondis. Jean-Christophe FĂ©raud prĂ©cise dans LibĂ©ration que «âle gouvernement a demandĂ© Ă EDF de freiner ses importations dâURE russe aprĂšs une campagne de Greenpeace dĂ©nonçant un âbusiness de la honteâ, mais Ćuvre parallĂšlement pour maintenir lâatome hors des sanctions Ă©nergĂ©tiques prĂ©parĂ©es Ă Bruxellesâ». Lâexclusion du nuclĂ©aire civil des sanctions fut obtenue «âprincipalement Ă la demande de la Franceâ», selon le journaliste.Pourtant, les producteurs dâuranium assurent quâils sont totalement autonomes. Orano affirme : «âOn nâa pas besoin des Russes sur ce sujetâ». Leurs reprĂ©sentants confient Ă LibĂ©ration que lâusine Georges-Besse-II du Tricastin va voir ses capacitĂ©s dâenrichissement augmenter de 30 %, puis de 60 % dâici 2030, pour alimenter lâĂ©quivalent de 120 millions de foyers. Yves Marignac, de lâassociation nĂ©gaWatt, souligne mĂȘme que «âEDF pourrait trĂšs bien se passer de cette URE russeâ», dâautant que lâindustriel a dĂ©jĂ testĂ© le rĂ©enrichissement en interne Ă MalvĂ©si.Des stratĂ©gies de dĂ©ploiement mondialesAlors, pourquoi persisterâ? La rĂ©ponse tiendrait dans les stocks. Environ 35â000 tonnes dâURT sont entreposĂ©es sur le site du Tricastin. La matiĂšre est peu radioactive, mais longue Ă stocker, et coĂ»teuse. Yves Marignac affirme que «âle but du contrat avec les Russes, câest lâĂ©vaporation de ce qui serait considĂ©rĂ© comme de coĂ»teux dĂ©chets Ă gĂ©rerâ». Cette stratĂ©gie cynique consisterait Ă sous-traiter le problĂšme Ă la SibĂ©rie.Dâautant que les chiffres sont Ă©loquents. 734 tonnes dâURT furent envoyĂ©es depuis plusieurs ports, comme celui de Dunkerque, en 2023, 124 en 2025, mais «âsur les centaines de tonnes envoyĂ©es, seul 1/8 á” est transformĂ© en URE et rĂ©expĂ©diĂ© en Franceâ», prĂ©cise LibĂ©ration. Les 7/8 á” restants Ă©tant abandonnĂ©s sur place sous forme dâuranium appauvri, dont le seul usage est militaire.Pendant ce temps, en Russie, le systĂšme Rosatom fonctionne Ă flux tendu. Teva Meyer note que «âles ressources de la Russie ne rĂ©pondent ni aux besoins de son parc de centrales ni aux contrats dâexportation signĂ©s Ă ce jourâ». Dans ce contexte, le Kremlin adopte une stratĂ©gie de dĂ©ploiement mondial. AprĂšs le Kazakhstan et ses cinq mines partiellement contrĂŽlĂ©es, câest vers lâAfrique que la Russie tourne son attention, en Tanzanie, au Zimbabwe, ou encore en Namibie.Lâobjectif : «âremporter des contrats de vente de centrales nuclĂ©aires en adjoignant la recherche dâuranium comme bonusâ», explique Meyer, mais aussi exploiter dâautres minerais stratĂ©giques et contrebalancer lâactivisme chinois sur le plan Ă©nergĂ©tique. Ce rĂ©seau global dâapprovisionnement permet Ă Rosatom de maintenir des prix attractifs, surtout sur les services de conversion de lâuranium, une Ă©tape indispensable avant lâenrichissement.Â