Economie Ă Montalieu-Vercieu, en IsĂšre, le cimentier Vicat veut capturer et enfouir plus dâun million de tonnes de COâ par an. Avec cette solution, il ambitionne dâobtenir une neutralitĂ© carbone, qui masque mal les effets pervers dâun systĂšme industriel fondĂ© sur lâexploitation continue des ressources.Oscar Tessonneau.10 FĂ©vrier 2026Pire que celui dâun oncle connaissant mal nos goĂ»ts, ce cadeau fait partie de ceux que lâon oublie vite. Prise par le ministĂšre de lâIntĂ©rieur, cette dĂ©cision de classer La France insoumise dans le bloc « extrĂȘme gauche » a provoquĂ© une onde de choc au sein du mouvement créé en 2016.Artisan dâun travail analytique sur cette classification, le journaliste Ă Mediapart Mathieu Dejean souligne que ce choix, annoncĂ© dans une circulaire du 2 fĂ©vrier, place pour la premiĂšre fois le mouvement dans la mĂȘme catĂ©gorie que Lutte ouvriĂšre ou RĂ©volution permanente. « Plus de 7 millions de personnes ont-elles votĂ© pour lâextrĂȘme gauche au premier tour de la prĂ©sidentielle de 2022 ? », interroge avec ironie le journaliste. Il met ainsi en lumiĂšre lâabsurditĂ© historique et politique de ce classement.LFI a annoncĂ© dĂ©poser un recours devant le Conseil dâĂtat. La formation estime que cette dĂ©cision vise à « sanctionner [leur] maniĂšre de faire opposition Ă la politique du gouvernement ». Mathilde Panot, prĂ©sidente du groupe insoumis Ă lâAssemblĂ©e nationale, dĂ©nonce « une manĆuvre visant Ă banaliser lâextrĂȘme droite et Ă diaboliser le bloc populaire que nous reprĂ©sentons ».Comment la formation souhaite-t-elle fĂ©dĂ©rer ce bloc ?Auteur dâun essai intitulĂ© MĂ©lenchon : la chute. Comment La France insoumise sâest effondrĂ©e, le journaliste Ă Marianne Hadrien Mathoux rappelait que le sujet des institutions, et plus particuliĂšrement la nĂ©cessitĂ© dâune VIe RĂ©publique, est au cĆur de lâidĂ©ologie portĂ©e par les Insoumis. « Rares, en effet, sont les mouvements politiques dont les cadres sont autant habitĂ©s par le souvenir de la RĂ©volution française de 1789⊠et surtout de lâĂ©pisode de la Convention montagnarde, quatre ans plus tard », souligne-t-il.Jadis proche de Jean-Luc MĂ©lenchon, la professeure de droit public Charlotte Girard lui rappelait que « la RĂ©volution, celle de 1793 en particulier, est notre matrice de pensĂ©e ».Ă partir de cette critique historique, les Insoumis dĂ©veloppent une critique assez habituelle Ă gauche de la Ve RĂ©publique, qualifiĂ©e de « monarchie prĂ©sidentielle », Ă©crit Mathoux. Il prĂ©cise que « les Insoumis pensent depuis longtemps avoir la solution : Jean-Luc MĂ©lenchon Ă©lu, il aurait convoquĂ© une âassemblĂ©e constituante dont le seul mandat serait lâĂ©laboration dâune nouvelle constitutionâ ».Lors dâun meeting, le dĂ©putĂ© de Seine-Saint-Denis Alexis CorbiĂšre, aujourdâhui membre de LâAprĂšs, sâĂ©tait expliquĂ© sur les positions du mouvement. « Nous reprenons le fil de ce qui est conforme Ă notre histoire nationale, en demandant au peuple dâĂ©lire des dĂ©putĂ©s pour former une AssemblĂ©e constituante ».Un « moment constituant »Fin connaisseur de lâhistoire française, celui qui lâa enseignĂ©e en lycĂ©e professionnel voit dans « ce processus constituant » le « seul moyen dâĂ©tablir une stabilitĂ©, un consentement Ă lâautoritĂ© institutionnelle ».Ainsi, la nĂ©cessitĂ© de « rediscuter de ce qui nous constitue en tant que peuple, du rapport entre reprĂ©sentants et reprĂ©sentĂ©s qui est au cĆur de tout », pour reprendre les termes dâun proche de Jean-Luc MĂ©lenchon que nous avons interrogĂ©, justifierait pour les Insoumis ce paradoxe : celui dâun prĂ©sident Ă©lu remettant aussitĂŽt sa lĂ©gitimitĂ© de chef dâĂtat de la Ve RĂ©publique en jeu.Mais en aucun cas lâarrivĂ©e de ce chef de lâĂtat nâaurait lieu grĂące aux actions de grĂšve et de lutte dĂ©fendues par RĂ©volution permanente ou dâautres partis politiques classĂ©s Ă lâextrĂȘme gauche.Dans la pensĂ©e insoumise, prĂ©cise Mathoux, le « moment constituant » est assez prĂ©cisĂ©ment ficelĂ©. En cas dâaccession de Jean-Luc MĂ©lenchon au pouvoir, le nouveau prĂ©sident activerait lâarticle 11 de la Constitution afin de soumettre au peuple français un rĂ©fĂ©rendum portant sur la convocation dâune AssemblĂ©e constituante.Si les citoyens rĂ©pondaient oui, aurait alors lieu lâĂ©lection de cette fameuse assemblĂ©e. Une partie serait composĂ©e de dĂ©putĂ©s tirĂ©s au sort. Ă la suite de son Ă©lection, cette chambre aurait deux ans maximum pour proposer un projet de VIe RĂ©publique, « dans un dialogue permanent avec le peuple », prĂ©cise Mathoux.Le projet serait alors Ă son tour soumis Ă rĂ©fĂ©rendum. ApprouvĂ© par le peuple, il mettrait fin Ă la Ve RĂ©publique, permettant Ă MĂ©lenchon de devenir le dernier prĂ©sident de cette Ve RĂ©publique, avant de « sâen aller » et de mener campagne pour diriger le premier gouvernement de la VIe.Dix ans plus tard, un cadre du mouvement nous prĂ©cise que ce programme reste dâactualitĂ©. « Les Insoumis veulent instaurer un systĂšme permettant de rĂ©voquer les Ă©lus en cours de mandat et rendre obligatoire le recours au rĂ©fĂ©rendum pour modifier la Constitution ou ratifier un traitĂ© europĂ©en », comme le Mercosur.LâĂ©lĂ©phant dans la piĂšce reste Ă©videmment le prĂ©sident de la RĂ©publique.Aux urnes citoyensLes Insoumis souhaitent que son rĂŽle soit profondĂ©ment remaniĂ©, avec la suppression de lâĂ©lection prĂ©sidentielle au suffrage direct, un pilier de la Ve RĂ©publique depuis 1965. Alexis CorbiĂšre, qui dĂ©sire « supprimer le rĂŽle de chef de lâĂtat pour en faire un prĂ©sident honorifique », incarne cette volontĂ© de rupture avec le modĂšle gaullien, explique Mathoux.Mathieu Dejean analyse donc la dĂ©cision controversĂ©e du ministĂšre de lâIntĂ©rieur de classer La France insoumise dans le bloc « extrĂȘme gauche ». Cette mesure contraste avec la stratĂ©gie Ă©lectoraliste et parlementaire du mouvement souhaitant activer lâarticle 11 de la Constitution actuelle dĂšs quâil gagnera une prĂ©sidentielle.« Je pense quâun processus rĂ©volutionnaire rĂ©ussi repose sur une action pacifique du trĂšs grand nombre entrant en action avec des acteurs conscients », Ă©crivait le fondateur de La France insoumise dans Le Choix de lâinsoumission (Seuil, 2016).Le natif de Tanger rappelait sa totale opposition aux erreurs des stratĂ©gies guĂ©rillĂ©ristes du passĂ©. « Ă lâinverse de ce que dit Laurent Nuñez, LFI exploite la totalitĂ© des voies institutionnelles permises par ce rĂ©gime », souligne lâavocate et militante Ă RĂ©volution permanente Elsa Marcel.Ainsi, avec des motions de censure, une guĂ©rilla parlementaire contre la rĂ©forme des retraites, ou lâarticle 68 pour « destituer » le prĂ©sident de la RĂ©publique, LFI exploite la totalitĂ© des voies institutionnelles permises par ce rĂ©gime.Le politiste RĂ©mi Lefebvre partage ce constat. Il note que La France insoumise est un parti prĂ©sidentialiste et Ă©lectoraliste. Il nâa jamais prĂŽnĂ© la violence et ne peut pas sâinscrire dans la tradition de lâextrĂȘme gauche.Â